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Statue, Baulé, Côte d'Ivoire | Baule Figure, Côte d'Ivoire

Auction Closed

June 8, 01:00 PM GMT

Estimate

20,000 - 30,000 EUR

Lot Details

Description

Statue, Baulé, Côte d'Ivoire


haut. 46 cm ; 18 in


Baule Figure, Côte d'Ivoire

French private collection

Par le classicisme de ses formes et la grande beauté de ses œuvres, l’art baoulé a conquis les esthètes dans le monde entier. La statuaire baoulé compte parmi les œuvres d’art africain les plus appréciées des Occidentaux, qui se mirent très tôt à collectionner de remarquables exemplaires. Elle s’introduisit aisément sur le marché parisien, en raison de l’intérêt que leur portaient les artistes modernes. C’est aussi elle que choisit Paul Guillaume en exposant en 1914, à la Galerie 291 d’Alfred Stieglitz de New York, dix-huit œuvres du Gabon et de Côte d'Ivoire provenant de sa collection. Ainsi, parmi la foule d’objets différents produits par le plus grand peuple de la Côte d’Ivoire, les sculptures sont, de loin, les plus nombreuses dans les musées.


Célébrée pour la « concentration paisible », et la « réflexion introspective » qu’elle véhicule, la statuaire Baulé cristallise l’essence du style qui lui est propre, marqué par une « une asymétrie équilibrée qui confère la vie tout en suggérant une calme stabilité ».[1] Cette statuette, par le raffinement de son modelé et la finesse de ses traits, fait partie des plus beaux témoins de cette tradition sculpturale. Elle se distingue tout d’abord par ses formes gracieuses : la tête s’impose, majestueuse. La délicate ornementation de la coiffe s’apparente au travail du mosaïste. Les larges yeux sont encadrés par un arc tendu, formé par la réunion des sourcils. Les pommettes saillantes, quant à elles, se confondent avec les cernes, sanctionnant le naturalisme du regard. L’ouverture de la bouche laisse apparaitre des dents parfaitement alignées. Le nez, d’une finesse incomparable, consiste en une arête rectiligne, qui forme presque un angle droit avec la ligne des narines.


La posture de la figure correspond à la gestuelle baulé : la silhouette souple mais refermée sur elle-même, le bras droit collé au corps, la main gauche saisissant la barbe superbement striée. L’asymétrie équilibrée, qui séduisait tant les Occidentaux, ne s’exprime pas mieux que sur le dos du personnage : la surface lisse des omoplates tranche avec les courbes voluptueuses du fessier, tandis que la colonne vertébrale est légèrement décentrée vers la droite, créant un déséquilibre délicieux. De même, le nombril ne l’aligne pas avec l’entrejambe, et la poitrine présente un téton plus haut que l’autre, conférant un rythme subtil à l’ensemble, et requérant de la part du spectateur un œil attentif, pour apprécier l’œuvre dans sa richesse et sa complexité.


Au-delà de leurs qualités esthétiques, ces statuette servaient aussi à figurer des esprits (usu ou busu), qui peuplent l’univers baulé. Elles faisaient ainsi l’objet de dévotions individuelles. Celle-ci représente peut-être un époux de l’au-delà, un esprit dont le rôle consistait à veiller sur son partenaire humain tout au long de sa vie, en lui prodiguant aide et conseils. Mais comme tout usu, il pouvait parfois se révéler espiègle et malicieux.[2]


Elle provient sans doute de la région de Sakassou, où fut identifié par Susan Vogel en 1994 l' « atelier de Nzipi », baptisé en 2011 par Bernard de Grunne « atelier des maîtres de Sakassou ». Selon lui, « au cours du XVIIIe siècle, Sakassou fut un centre politique et artistique très important pour la culture Baulé à la suite de l'arrivée des Akan-Baulé. La chefferie la plus importante qu'ils instaurèrent était à Sakassou. Cette cour royale a probablement dû stimuler la création d'ateliers de grands sculpteurs de statues pour asseoir sa légitimité sur les populations locales proto-Baulé utilisant donc l'élément religieux et culturel purement autochtone qu'était la vénération des époux de l'au-delà par des statues ».[3]


[1] Vogel, S., L’art baoulé du visible et de l’invisible, 1999, p. 26-28.

[2] Ibid., p. 246.

[3] De Grunne, B., Masterhands/Mains de Maitres, 2001, p.69.



With its classical designs and the great beauty of its creations, Baule art has captivated connoisseurs the world over. The Baule statuary is one of the art forms from Africa that is most highly regarded by Westerners; very early on, they started collecting remarkable exemplars. It was easily introduced on the Parisian market, due to the strong attraction it exerted on modern artists. Paul Guillaume also opted to highlight it when he showed eighteen pieces from Gabon and Côte d'Ivoire drawn from his own collection at 291 - Alfred Stieglitz' art gallery in New York. As a result, among the host of diverse productions from this, the greatest people of Cote d'Ivoire, sculptures are, by far, the most abundant in the museums.


Celebrated for the "peaceful concentration" and "introspective reflection" they convey, Baule statues crystallize the essence of their distinctive style, defined by a "balanced asymmetry that confers life while suggesting a calm stability."[1] This statuette, in the elegance of its outlines and the sharpness of its features, is one of the most beautiful testaments to this sculptural tradition, perfectly embodying the criteria of beauty as extolled by the Baule people. The first thing that sets it apart is its graceful features: the head stands out in all its majestic appearance. The intricate ornamentation of the coiffure is akin to the work of a mosaicist. The large eyes are framed in a taut arc, formed by the eyebrows as they come together. The sharp cheekbones, meanwhile, merge with the rings beneath the eyes, emphasizing the naturalistic approach to the face. The open mouth reveals perfectly aligned teeth. The uniquely fine nose is a straight ridge which forms an almost right angle with the line of the nostrils.


The posture of the figure reflects typical Baule gestures: the figure is lithe but closed in on itself, the right arm pressed to the side of the body, the left hand grasping the beautifully ridged beard. The well-balanced asymmetry that so appealed to Westerners is nowhere more apparent than on the figure's back: the smooth surface of the shoulder blades contrasts with the voluptuous curves of the buttocks, while the spine is slightly off-center to the right, creating a delightful sense of imbalance. Similarly, the navel doesn't align with the crotch, and the chest has a nipple that is slightly higher than the other, giving a subtle rhythm to the piece, and calling on the viewer's attentive eye to appreciate the full richness and complexity of the work.


Beyond their aesthetic qualities, these statuettes also represented the spirits (usu or busu) that populate the Baule universe. Therefore, they were also objects of individual devotions. This one may have depicted an otherworldly spouse, a spirit whose role was to watch over his human partner throughout their life, giving them help and advice. But like any usu, it could sometimes prove mischievous and malicious.[2]


It most likely originates from the Sakassou region, where Susan Vogel identified the "Nzipi workshop" in 1994, dubbed the "workshop of the Sakassou masters" by Bernard de Grunne in 2011. According to him, "during the 18th century, Sakassou was a very important political and artistic center for Baule culture as a result of the Akan-Baule settlement. The most important chiefdom they established was in Sakassou. This royal court probably encouraged great statue sculptors to set up their workshops in order to establish legitimacy over the local proto-Baule populations, using the purely indigenous religious and cultural element that was the veneration of otherworldly spouses through statues.[3]"


[1] Vogel, S., L'art baoulé du visible et de l'invisible, 1999, p. 26-28.

[2] Ibid, p. 246.

[3] De Grunne, B., Masterhands/Mains de Maitres, 2001, p.69.