
Auction Closed
June 8, 01:00 PM GMT
Estimate
40,000 - 60,000 EUR
Lot Details
Description
Masque, Senufo, Côte d'Ivoire
haut. 26,5 cm ; 10 1/2 in
Senufo Mask, Côte d'Ivoire
Robert Stolper Gallery, New York, 1962
Colleciton Allen (1920-2007) et Matty Alperton, New York, 1992
Sotheby's, New York, Important Tribal Art, 18 mai 1992, n° 1
Collection Giovanni Franco Scanzi (1936-2017), Abidjan
Galeria David Serra, Barcelone, 2017
Collection Carlos Bassó (1947-2020), Barcelone, acquis au précédent
Guilhem Montagut, Barcelone, 2019
Olivier Castellano, Paris, 2020
Collection privée française
Syracuse, New York, Joe and Emily Lowe Art Center, Syracuse University School of Art, 16 février-1 avril 1964
Brussels, BRAFA, Tour & Taxis - Ghilhem Montagut, 26 javier-3 févirer 2019
Brussels, Winter BRUNEAF - Olivier Castellano, 22-26 janvier 2020
Piening P., Masterpieces of African Sculpture, Joe and Emily lowe Art Center, 1964 : n° 78.
Winer Bruneaf. Brussels Non European Art Fair, 2020 : n° 24 (Olivier Castellano).
« Après avoir appréhendé les objets africains comme des exemples ethnographiques, les artistes, collectionneurs, critiques, conservateurs et marchands européens et américains commencèrent à les regarder comme de l’art en cherchant des procédés visuels pour les classifier et mieux les comprendre. L’idée d’un art senufo distinct s’est développé dans ce contexte », écrit Susan Elizabeth Gagliardi.[1]
Les œuvres Senufo comptent parmi les premiers objets acquis par les artistes du début du XXe siècle, et sont aujourd’hui exposées dans les plus prestigieux musées. La clarté du langage créé par les sculpteurs de Côte d’Ivoire, ont marqué les recherches des artistes modernes. Les sculptures senufos ont ainsi intégré les plus belles collections consacrées à l’avant-garde, à l’image de celle d’Albert Barnes, aujourd’hui à Philadelphie, où dans les années 1920, ces œuvres africaines rejoignirent des chefs-d’œuvre de Cézanne, Modigliani et Picasso.
Le peuple Senufo, établi au nord de la Côte d’ivoire, constitue le groupe culturel le plus large du pays ; sa présence s’étend au-delà des frontières du Mali et du Burkina Faso. Sa sculpture, emprunte d’une grande diversité, s'inscrit dans une tradition stylistique propre aux régions de l’Afrique de l’Ouest. S’il existe sans aucun doute une identité sculpturale senufo, soutenue par des pratiques cultuelles communes, elle n'est pas pour autant monolithique. En effet, le territoire senufo est vaste, en contact étroit avec d'autres cultures, et la population est répartie entre des dizaines de sous-groupes largement autonomes.
Le masque senufo constitue à bien des égards une sorte de paradigme du style sculptural africain. De taille réduite, il possède néanmoins une « force totale », qui se déploie bien au-delà de chaque détail.[2] Malgré leur caractère naturaliste, les traits ne forment pas une représentation généralisée du visage humain, et encore moins un portrait individuel. Ils sont placés au milieu d’une collection d’éléments iconographiques disparates, dont certains demeurent énigmatiques. Aux coins des yeux se déploient des striations en étoile, tandis qu’un rond de bois est délicatement fixé sous l’œil droit ; une autre pièce dentée a été ajoutée sur la tempe droite, dont la signification nous échappe. Le masque est ponctué de petits clous, conférant à l’ensemble un rythme subtil. Les paupières saillantes des yeux mi-clos, sanctionnent le naturalisme du regard, duquel émane un sentiment du quiétude, perturbé cependant par la bouche ouverte qui se projette vers l’avant. Cette dernière vient prolonger un nez rectiligne qui s’épanouit en de larges narines symétriques.
Le masque est surmonté de deux cornes de bélier striées, typiques du style senufo. Elles font écho à une « paire de jambes » (selon le terme employé par les Senufo), qui encadrent le visage et se déploient des yeux jusqu’au menton. Ces jambes zoomorphes, possiblement des pattes d’oiseau, symboliseraient alors la fertilité, selon Robert Goldwater.[3]
Ce masque, enfin, était une représentation d’ancêtre, utilisé lors de cérémonies visant à leur rendre hommage. Son type est désigné par le terme de « kulié », une combination du « ku » – le mort, et du « ie » – le visage. Ses fonctions étaient très diverses : il prenait part aux rites de la société d’Iô, à diverses occasions – funérailles, enterrement, danses, récoltes…[4]
Un exemplaire similaire, quoiqu’en métal, est aujourd’hui conservé dans les collections du Smithsonian National Museum of African Art, Washington D.C. (97-2-1) ; un autre en bois est exposé au Brooklyn Museum à New-York (22.1586).
[1] Gagliardi, S., E., Senufo sans frontière, 2015, p. 42-43.
[2] Goldwater, R., Senufo sculpture from West Africa, 1964, p. 14.
[3] Ibid., p. 15.
[4] Ibid.
"Having long approached African artefacts as ethnographic samples, European and American artists, collectors, critics, curators, and art dealers began to view them as art, trying to work out visual processes to categorize and better understand them. The idea of Senufo art as a distinct genre developed in this context," writes Susan Elizabeth Gagliardi.[1]
Senufo artworks were among the first artefacts acquired by artists in the early 20th century and are now found in the most prestigious museums. The uniquely clear language created by the sculptors of Côte d'Ivoire has left its mark on modern artists and their explorations. Senufo sculptures have found their way into some of the finest collections of avant-garde art - such as the Albert Barnes collection, now in Philadelphia - where these African pieces joined masterpieces by Cézanne, Modigliani, and Picasso in the 1920s.
The Senufo people, established in northern Côte d'Ivoire, are the most extensive cultural group in the country; their presence extends beyond the borders of Mali and Burkina Faso. Their highly diverse sculpture is part of a stylistic tradition specific to West Africa. While Senufo sculptural identity undoubtedly exists, with common cultural practices at its core, it is by no means monolithic. Indeed, Senufo territory stretches far and wide, it is in close contact with other cultures, and its population is divided into dozens of largely autonomous sub-groups.
In many respects, Senufo masks are considered a paradigm of African sculptural style. Although small in scale, they nevertheless possess a "full force", which extends far beyond any individual detail.[2] Despite their naturalistic character, the features do not form a standardized representation of the human face, let alone an individual portrait. They are placed amidst a collection of disparate iconographic elements, some of which remain enigmatic. Star-shaped grooves appear at the corners of the eyes, whilst a wooden roundel is delicately affixed under the right eye; another jagged piece has been added on the right temple, the significance of which escapes us. The mask is dotted with small nails, imbuing the whole face with a subtle rhythm. Protruding eyelids over half-closed eyes confirm the naturalism of the figure's gaze, a feeling of tranquillity emanating from it. However, this is disrupted by the open mouth, which projects forward. The said mouth prolongs the line of a straight nose that flares out into large symmetrical nostrils.
The mask is crowned with two ridged ram's horns, typical of the Senufo style. They find a counterpart in a "pair of legs" (according to the term used by the Senufo themselves), which frame the face and unfold from eye level to chin level. These zoomorphic legs - possibly a birds' - could then be a symbol of fertility, according to Robert Goldwater.[3]
Lastly, this mask was an ancestor representation and was used to pay homage to them in ceremonies. This type is referred to as "kulie": a combination of "ku" - the dead man, and "ie" - the face. Its role was very versatile: it took part in the rituals of the Iô society on various occasions - funerals, burials, dances, harvests...[4]
A similar figure, albeit made of metal, is now in the collections of the Smithsonian National Museum of African Art, Washington D.C. (97-2-1); another, made of wood, is on display at the Brooklyn Museum in New York (22.1586).
[1] Gagliardi, S., E., Senufo sans frontière, 2015, p. 42-43.
[2] Goldwater, R., Senufo sculpture from West Africa, 1964, p. 14.
[3] Ibid, p. 15.
[4] Ibid.
You May Also Like