View full screen - View 1 of Lot 108. Correspondance au collectionneur Paul Gallimard. 8 lettres, [1892], sous chemise et étui moderne.

Bernard, Émile

Correspondance au collectionneur Paul Gallimard. 8 lettres, [1892], sous chemise et étui moderne

Lot Closed

June 25, 01:48 PM GMT

Estimate

1,500 - 2,000 EUR

Lot Details

Description

Bernard, Émile


8 lettres autographes signées à Paul Gallimard.

[1892]. 


16 pages de formats divers (de 185 x 115 à 113 x 90 mm). Dont une carte-lettre avec adresse et marque postale. Sous chemise et étui moderne.


AU COLLECTIONNEUR ET BIBLIOPHILE, À PROPOS DE L'EXPOSITION VAN GOGH [mort deux ans plus tôt], organisée par la galerie Le Barc de Boutteville, et à la vente d’un tableau de Paul Cézanne.


Émile Bernard donne au collectionneur et bibliophile Paul Gallimard l’adresse de la galerie où envoyer la toile de Van Gogh que Gallimard possède, espérant qu’il leur prêtera tout son appui pour cette exposition. Il réitère sa demande, lui-même se trouvant rue Lepelletier "où je suis fort affairé à tout accrocher".


Il est également question d’un tableau de Cézanne dont Gallimard pourra jouir jusqu’au retour d’Émile Bernard de Normandie : "vous me direz si oui ou non vous tenez à le garder. Pour le prix, j’en demande huit cents francs avec une toile de moi en surplus à choisir".


Mais Gallimard n’a pas été enthousiasmé par le Cézanne ("l’aspect terne que vous lui reprochez et qui est plutôt aspect sourd que terne, doit être attribué je crois au cadre blanc qui en réalité ne lui va pas") et Bernard se dit prêt à revoir le prix : "si nous sommes souvent pauvres d’écus nous ne sommes pas des commerçants inconciliables".


Désireux de le remercier, il se propose de lui faire un vitrail, voulant être considéré comme "un ouvrier gagnant sa journée avec son modeste travail. Notre talent, notre génie, si nous en avons, que nous importe, cela sera un régal de plus pour nos suivants, et eux seuls, pourront juger si nous en avons eu. Je ferai donc tout travail qui me sera demandé, sans que je doive altérer en rien qui soit ma nature. Je graverai donc sur bois, peindrai sur toiles, à fresque, tapisserie, ferai des meubles sculptés, lithographierai des scènes de cette vie ou des rêves, composerai des toilettes de femmes, en un mot mettrai de l’art le plus possible dans tout, en tout, sur tout, à n’importe quel prix pourvu que j’y trouve ma vie […] La gloire s’est trop prostituée pour que nous la désirions de suite… et pour plus tard ne devons-nous pas faire acte de notre présence immédiate. Pour le tableau de Cézanne, je vous le laisserai en dernier prix de 400 francs, si votre enthousiasme fut déçu, que ne le soit votre bourse. Et puis on ne doit pas vendre trop cher".


"Je suis fort content que mon vitrail vous ait plu, revenant d’Espagne surtout, après avoir longtemps rêvé et conversé avec Goya, Velasquez, Zurbaran, Herrera, Ribera, etc. […] Votre appréciation me donne un vif espoir. Maintenant cela vous gênerait-il de me faire parvenir les 100 francs ? […] Renoir a-t-il beaucoup travaillé ? Quel merveilleux peintre. Je n’oublierai jamais sa belle exposition d’y il y a deux mois déjà".


Le galeriste Le Barc de Boutteville (1837-1897) organisa plusieurs expositions entre 1891 et 1896, soutenant les jeunes peintres impressionnistes et symbolistes, présentant notamment en 1892 une quinzaine de toiles de Van Gogh ; c’est Émile Bernard qui en illustra le catalogue. Bernard, qui travaillait à l’occasion comme courtier pour Le Barc, se fait ici intermédiaire pour une toile de Paul Cézanne, mais ne rencontrera celui-ci que plusieurs années plus tard, au retour de son long séjour en Égypte.


Riche amateur d’art, Paul Gallimard (1850-1929) fut l’ami et le protecteur de nombreux artistes, comme Renoir, Manet ou Eugène Carrière, et acquit, en dehors de ses ouvrages bibliophiliques, plus d’une centaine de toiles. Il fut un temps compromis dans l’affaire des faux Rodin en 1919. Il est le père de Gaston Gallimard.


[On joint :]

2 photographies : portrait d’Émile Bernard assis à sa table de travail [vers 1930] et reproduction de son tableau Les Roses (1888).


Prospectus de l'exposition du peintre Claude-Émile Schuffenecker, avec préface d'Émile Bernard, avril 1938.