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Correspondance amoureuse de 9 lettres à Alfred de Vigny. 1837-[1838].
Auction Closed
May 11, 05:00 PM GMT
Estimate
5,000 - 7,000 EUR
Lot Details
Description
[Vigny, Alfred de] -- Marie Dorval
9 lettres autographes à Alfred de Vigny. 1837-[1838].
37 pages in-8 (202 x 130 mm). Sous chemise et étui demi-maroquin bordeaux modernes.
ÉMOUVANTE CORRESPONDANCE DES DERNIERS MOIS DE LEUR AMOUR.
"Je n'aime que toi -- Je ne veux que toi. Rends-moi heureuse".
Dimanche 23 avril. (6 p.). Marie, dont le contrat avec la Comédie Française n’a pas été renouvelé, est en tournée dans le sud de la France et évoque une éventuelle reprise d’Hernani. Inquiète de la lettre de Vigny qu’elle vient de recevoir, en même temps qu'une autre, de son mari [Jean-Toussaint Merle], elle a craint d’avoir de mauvaises nouvelles de sa fille. "Tu veux parler des peines que tu sais cachées au fond de mon cœur, tu as senti dans le tien, un instant la vérité ; que j’étais malheureuse séparée de toi, n’est-ce pas mon cher Alfred ? […] La vie active seule me sauve de mes réflexions et m’empêche de pleurer toujours, mais tout est bien noir au fond de mon cœur quand je pense à mes enfants". Elle cite certaines des pièces qu’elle a jouées à Toulouse, certaines avec succès comme Charles VII [d'Alexandre Dumas], d’autres sont tombées à plat comme celle de Beaumarchais. "Hugo m’a écrit une petite lettre il y a quelques temps pour s’excuser d’avoir donné le rôle de Donna Sol d’Hernani (qu’on ne joue pas) à Mad. Volnay d’après le conseil de mon mari dit-il, puis il compte toujours sur le second théâtre dont je serai la splendeur [souligné]. Tous ces tripotages m’énervent et me dégoûtent. Je déteste Paris-théâtre, Paris-Hugo, Paris auteur et journaliste et leurs mauvais ouvrages et ceux qui en disent du bien. C’est à toi seul que je viens cher Ange, Paris C'EST ALFRED et je n’y reviendrais pas sans toi".
C’était bien une nouvelle tragique que ni Vigny, ni son mari n’avaient eu le courage d’annoncer à Marie : la mort de sa fille Gabrielle, drame qu’elle n’apprendra qu’à son retour dans la capitale, en juin 1837.
Cette [Sète] 6 mai 1837. (4 p.). Fatiguée et malade, elle parcourt la région, ne jouant que deux fois dans des villes qui sont à plus de trois heures de distance les unes des autres : Sète, Montpellier, Béziers, Narbonne, Arles, Nîmes. Marie renvoie à Paris sa fille Caroline qui pourra raconter à Alfred tout ce qu’il désire savoir. Elle espère mettre fin à sa carrière dans trois ans, mais se félicite tout de même du succès remporté par Charles VII ayant fait sensation dans les mouvements de passion : "ce rôle me va. Ma voix a acquis une grande force. Est-ce pour cela que les vers de Dumas ne m’ont point enrouée comme ceux de Casimir Delavigne ?". Elle ne peut toutefois s’empêcher de s’interroger sur les sentiments de Vigny : "Je sens en toi que l’ami dévoué a dominé l’amant… Je le crains ! Je n’aurais pas le droit de me plaindre mais je souffrirais bien !"
Pézenas 24 mai [1837]. (4 p.). Elle s’inquiète de la santé d’Alfred, elle-même se plaignant de maux de ventre et aux reins, ainsi que du froid et de l’humidité qui règne dans le sud de la France. La troupe va jouer Chatterton à Montpellier sur la demande des jeunes gens de la ville, mais après Alès et Nîmes, elle souhaite retrouver Alfred et le supplie de lui demander de rentrer à Paris : "j’ai tant besoin de m’appuyer sur ton cœur".
Paris mercredi chez Pauline [Duchambge] (6 p.). Elle se justifie d’une rencontre, involontaire, avec Dumas [dont elle avait été la maîtresse avant d’être celle de Vigny] : "Tu m’accuses à tort toujours maintenant. Tes dernières querelles, et je le jure par ton chagrin était injuste. Je n’aime que toi – je ne veux que toi. Rends-moi heureuse, je souffre aussi, j’ai souffert plus que toi dans la vie". Elle le conjure de venir la voir.
C’est souvent auprès de Pauline que Marie se confiera sur ses sentiments, mais cette amie proche sera pourtant l’un des instruments de la séparation définitive entre les deux amants, lorsqu’elle dira à Vigny qu'elle juge Marie indigne de lui.
[Paris] Mercredi soir 9h. (4 p.). Marie Dorval reproche à Vigny ses doutes, exprimant l’amour et la tristesse qui la submergent, après des répétitions qui finissent tard, le peu de visites auxquelles elle consent, dont celles de ses filles Louise et Caroline. "Depuis quelque temps tout me fait mal – un mot – le moindre souvenir".
Les trois dernières lettres, non datées, d’une écriture fiévreuse et bouleversée, témoignent de leurs nombreuses querelles et de leur jalousie mutuelle qui hâtèrent leur séparation, notamment en raison de la liaison de Vigny avec Julia Clarkson Dupré, jeune américaine venue étudier la peinture à Paris, et celle de Marie avec Jules Sandeau. Marie réclame une réponse immédiate, ne comprenant pas pourquoi Vigny refuse de la voir : "J’étais la première personne, la seule près de laquelle tu pouvais pleurer […] mais tu ne m’aimes plus il faut me le dire".
"Est-il plus dangereux pour notre amour que je voie beaucoup d’hommes au spectacle ou dans un salon à qui je ne parle pas avec toujours ma fille à mon côté que vous de vivre de pleurer avec une jeune femme belle qui est toujours chez vous ? […] Je n’ai plus confiance non plus dans ce que je suis pour vous".
"Je ne puis me séparer de vous sur de telles violences – c’est affreux ! Non mon pauvre cœur n'a pas dit les paroles qui sont sorties de ma bouche, non je vous le jure, pardonnez-les moi. Je vous supplie de revenir chez moi demain soir. Si vous devez me quitter que ce soit au moins sans vous laisser l’idée que quelqu’un puisse vous voir chez moi et, que je sois capable d’employer jamais le moyen que je vous ai dit pour vous éloigner de ma maison".
[On joint :]
Lettre autographe à son amie Pauline Duchambge. Arles 12 [juin 1837] (2 p., adresse et marques postales). Elle veut savoir par son intermédiaire ce que souhaite Vigny, attendant une lettre de lui pour rejoindre Paris. "Mr. De Vigny ne veut-il plus me voir ? Dites-le moi franchement. Ma bonne Pauline je vais vous embrasser dans quelques jours pour vous payer de tout ce que vous avez été pour moi ? Je suis trop bien sûre que Paris va me faire pleurer !... Vous me resterez, vous".
Référence : Lettres pour lire au lit. Correspondance amoureuse d’Alfred de Vigny et Marie Dorval. Mercure de France, 2013.
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