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Anselm Kiefer

Palmsondagen | Palmsondagen

Auction Closed

December 13, 07:26 PM GMT

Estimate

150,000 - 200,000 EUR

Lot Details

Description

Anselm Kiefer

b. 1945


Palmsondagen


titled

oil paint, emulsion, shellac, palm leaf and soil on board

285 x 140 cm ; 112 3/16 x 55 ⅛ in.

Executed in 2006.


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Anselm Kiefer

b.1945


Palmsondagen


titré

peinture à l'huile, émulsion, laque, feuille de palmier et terre sur panneau

285 x 140 cm ; 112 3/16 x 55 ⅛ in.

Exécuté en 2006.

Galerie Thaddaeus Ropac, London

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Galerie Thaddaeus Ropac, Londres


Cette œuvre de grande envergure, datée de 2006, est un résultat original des recherches de Kiefer dans le vaste répertoire de l'iconographie biblique. Comme son titre, Palmsondagen, l'indique, elle reprend en effet l'épisode du Nouveau Testament du dimanche des Rameaux, où Jésus entre triomphalement à Jérusalem, acclamé par le peuple.


Pour l'artiste, cette ville a une forte valeur ancestrale : « Comme tout chrétien. A la réflexion, j’ai dû être hébreu davantage encore que juif. La première fois que je suis allé à Jérusalem, en me rendant sur le mont des Oliviers, j’ai eu le sentiment d’avoir déjà vécu cela il y a très longtemps. C’est notre origine », raconte l’artiste dans un entretien de 2007 (Anselm Kiefer dans un entretien avec Pierre Assouline, Paris, 16 février 2007, dans : Paul Ardenne et Pierre Assouline, Anselm Kiefer. Sternenfall : chute d'étoiles, [cat. exp., Paris, Grand Palais, 2007], Editions du Regard, 2007, p. 331). C'est dans la ville sainte que l'artiste, qui a grandi dans un milieu catholique, rencontre le judaïsme. « C’était en 1983 ou 1984 à Jérusalem. On m’avait demandé de faire une exposition. J’ai beaucoup appris de Martin Weil, le directeur du musée. Il m’a emmené le vendredi dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Schearim. (…) J’ai étudié le judaïsme comme quelqu’un qui est persuadé de ce qu’il y a au-dessus de nous une connexion qui nous dépasse. Si ça c’est être religieux alors je le suis ». (Ibid., p. 332)


Kiefer a exploré à plusieurs reprises cet épisode de la liturgie chrétienne et d'autres versions monumentales ont été exposées notamment à la Tate Gallery de Londres, à l'Art Gallery of Ontario de Toronto et à la Art Gallery of New South Wales à Sidney. Le fil conducteur de cette recherche est le palmier : un symbole ambigu et puissant. La nature et les plantes fascinent depuis longtemps Kiefer. Non seulement dans sa bibliothèque il possède des traités de botanique et d'herboristerie, mais conserve dans son atelier de Barjac des restes végétaux et d'objets naturels collectés au cours de ses voyages. Mais ici il ne s’agit pas de simple passion pour ces éléments organiques, son choix est ciblé et porte avec elle une connotation stratifiée.


Depuis l'époque gréco-romaine, cette plante représente en effet l'immortalité et la régénération, ainsi que la victoire, à la fois militaire et sur la mort. En particulier, dans la tradition chrétienne, cette plante qui repousse même après avoir perdu ses feuilles, symbolise la Passion et la Résurrection en même temps. Toutefois dans cette œuvre, la feuille blanche et sèche au centre de l'œuvre ne montre que des signes de détérioration et de souffrance. De même, le sol craquelé et stérile et le fond évanescent de couleur terne ont une dimension dramatique et ne semblent pas prêt à accueillir le défilé triomphal évoqué par le titre.


Avec de la peinture à l'huile, de l'émulsion, de la gomme-laque, des feuilles et de la terre, Kiefer reconstitue un scénario apocalyptique, où une tempête destructrice semble être passée. La poussière et les résidus sableux semblent se déposer sur la surface et recouvrir d'oubli les hérauts d'un triomphe passé. L'inscription à peine lisible suggère au spectateur un épisode lointain ou un espoir futur. La prophétie de Esaïe dans l’Ancien Testament semble alors resonner en filigrane : « Aperiatur terra et germinat salvatorem… rorate caeli desuper, et pluant iustum » (« que la terre s'ouvre et fasse naître un sauveur .... Que les nuages d'en haut fassent pleuvoir la justice sur la terre », Esaïe 45.8).


Suspendue entre mort et résurrection, entre oubli et mémoire, entre éléments naturels et paysages ancestraux, cette œuvre s'ouvre sur une perspective cosmique et semble attendre un retour, un renouveau. « Les ruines, pour moi, c'est le commencement », déclare l'artiste, « Avec les débris, on peut construire de nouvelles idées. Ce sont les symboles d'un commencement ».