
Auction Closed
October 14, 03:50 PM GMT
Estimate
20,000 - 30,000 EUR
Lot Details
Description
PAQUET D'HAUTEROCHE, CLAUDE JOSEPH HENRI
VOYAGE AUTOUR DU MONDE SUR LES CORVETTES DE S.M. L'URANIE ET LA PHYSICIENNE… [CHARLEVILLE, AVRIL 1821-1826]. MANUSCRIT AUTOGRAPHE SIGNÉ.
2 volumes in-8 (200 x 125 mm), 2 ff. de titre et 299 pages à l'encre noire. Demi-basane verte à coins, dos lisse muet (Reliure de l'époque, étiquette du papetier et marchand de couleurs Alphonse Giroux).
Légers frottements, trois petits onglets de papier contrecollés masquant des corrections.
Exceptionnelle relation inédite, rédigée par l’un des plus jeunes membres de l'expédition scientifique dirigée par Louis de Freycinet.
Manuscrit illustré de trois dessins à la plume, et citant certains des membres prestigieux de l’équipage comme Louis-Isidore Duperrey, Jacques Arago ou encore Rose de Freycinet, la jeune épouse du commandant, embarquée à bord sous un costume d’homme.
Précédé d'une épître dédicatoire à ses parents, datée ultérieurement et au crayon, ce passionnant récit débute par le départ de Toulon, le 17 septembre 1817, et se clôt sur la description des coutumes observées à l'île d'Owyhée (Hawaï). Un feuillet volant, signé d’un paraphe, indique que les notes suivantes se trouvent dans un autre calepin.
Le jeune marin précise en préambule qu’il ne souhaite pas rendre public ce récit, ce témoignage de sa course autour du monde devant être regardé comme le gage de l’amitié qu’il a voué à sa famille "au milieu des souffrances inouïes dont j’ai été affligé pendant plus de trois ans".
Après avoir relâché à Gibraltar puis Ténérife, l'Uranie arrive à Rio de Janeiro le 5 décembre et repart de São Paulo pour atteindre le Cap de Bonne-Espérance le 6 mars 1818, puis l’île Bourbon et l’île de France. Henri Paquet dépeint longuement les caractères et coutumes dans ces colonies, s'attardant notamment sur le commerce des esclaves et les traitements qui leur sont réservés, comparant les différences entre Portugais et Français, et ne pouvant s’empêcher d’évoquer la cruauté de certaines punitions, dégradantes pour l’espèce humaine.
L’Uranie fait ensuite route vers l’Australie dont les côtes apparaissent au début du mois de septembre. De longs passages concernent le manque de vivres et d’eau, et l’usage, parfois dangereux, d’un alambic destiné à désaliniser l'eau de mer. Il est question de la géographie et des tribus de la presqu'île Péron, avec une curieuse anecdote dans lequel Jacques Arago, dessinateur officiel de l’expédition, mène un troc entre marins et "sauvages". Le navire reprend la mer pour Timor, Kupang et Ombay, et Paquet consigne d'importantes réflexions sur l'histoire et les usages des populations malaises et chinoises, dénonçant la condition que ces derniers réservent à leurs femmes, prenant des notes sur la pêche à la baleine (avec deux croquis, harpons et instruments à fondre la graisse). L’Uranie croise dans les Moluques, mouille à Diley -- sous autorité portugaise -- atteint l’île de Rawak en Papouasie puis les îles Caroline et les îles Mariannes. Paquet reproduit la lettre dessinée d’un insulaire adressée à un négociant espagnol à propos d’un échange de coquillages contre des instruments de pêche.
Le second tome de ce journal, dont les premiers feuillets sont "par erreur" retranscrits à la fin du premier volume, est consacré à l’arrivée aux îles Sandwich (Hawaï), abordées en août 1819. Paquet donne de minutieuses observations sur les dignitaires locaux et les habitants, relevant la ténacité de ceux-ci à préserver leurs propres usages même s'ils adoptent ponctuellement certaines habitudes européennes.
Paquet se livre parfois à des considérations plus personnelles, stigmatisant par exemple l’attitude de certains Européens, avides et pilleurs, qui jugent et méprisent injustement les caractères des peuples rencontrés. Si en 1826, il apporte certains rectificatifs à ses propos -- modulant par exemple ses exaspérations de jeunesse quant au manque d’attention que les officiers porteraient à leurs hommes d’équipage, ou louant l’immortel Cook qui s’est illustré autant par les soins apportés à conserver ses hommes qu’à enrichir la géographie de ses découvertes -- il ne peut s'empêcher d'évoquer sans indulgence le comportement égoïste de Rose de Freycinet : un repas offert à l'occasion du nouvel an donne "de nouvelles preuves de la prodigieuse façon dont sa langue est déliée", et quelques mois plus tard, la jeune femme fait preuve d’insensibilité, n’ayant jamais quitté son boudoir pour visiter les hommes d’équipage malades ni pensé à se défaire d’une partie de ses provisions : "Des hommes souffraient et Madame avait trop d’esprit pour s’en occuper".
Fils d'un négociant de Charleville, Henri Paquet (1799-1872) est âgé de 18 ans lorsqu'il embarque comme volontaire au poste de novice timonier sur l’Uranie dont la circumnavigation s’acheva par un naufrage près des îles Malouines en février 1820. Secourus par un baleinier américain, Freycinet et son équipage revinrent en France, à bord de ce même navire racheté et rebaptisé la Physicienne. Nommé enseigne de vaisseau en 1821, puis lieutenant et enfin capitaine de corvette en 1840, Paquet fera plusieurs campagnes autour du monde, en Inde, au Brésil, dans les mers australes et en Méditerranée. Il fera notamment partie de l'expédition de Hyacinthe de Bougainville entre 1824 et 1826 à bord du Thésis et de l'Espérance. Par son mariage avec Julie Boussard d'Hauteroche, il était allié à la famille de Lamartine et du baron Tupinier.
La relation officielle de ce Voyage, fut publiée par Freycinet chez Pillet, entre 1824 et 1844, en 7 tomes de texte et 4 volumes d'atlas.