Les expéditions de chasse aux têtes menées dans les îles voisines jouaient un rôle primordial dans la vie religieuse, économique et politique des Salomon. Fixé à la proue des grandes pirogues de guerre, « le nguzunguzu, auquel on prêtait des facultés sensorielles bien supérieures à celles des hommes, était censé observer, intercepter, réagir et interagir avec n’importe quel esprit malveillant rencontré au cours du voyage » (Mélandri et Révolon, L’éclat des ombres. L’art en noir et blanc des îles Salomon, 2014, p. 124).
Le visage allongé aux traits zoomorphes, qui s’inspire de la morphologie de Tiola (esprit d’apparence canine), suggère que cette figure de proue nguzunguzu provient des Salomon centrales et plus précisément de la Nouvelle-Géorgie. La petite dimension qui la distingue exacerbe ses très belles qualités sculpturales : tension des lignes, grande délicatesse des modelés et finesse des incrustations de nacre contrastant avec la profondeur de la patine sombre.