
La Russie en 1839. Paris,1843. 4 vol. in-8. Rel. de l'ep. EO. De la bibliothèque de Henry Greffulhe.
Auction Closed
May 11, 05:00 PM GMT
Estimate
3,000 - 5,000 EUR
Lot Details
Description
Custine, Astolphe marquis de
La Russie en 1839. Paris, Amyot, 1843.
4 volumes in-8 (205 x 125 mm). Demi-maroquin aubergine, dos lisse orné de filets et d’une plaque rocaille dorés (Reliure de l’époque). Légères et pâles rousseurs affectant quelques cahiers.
SÉDUISANT EXEMPLAIRE EN RELIURE DE L’ÉPOQUE, DE LA BIBLIOTHÈQUE D’HENRY GREFFULHE, UN DES MODÈLES DE PROUST POUR LE DUC DE GUERMANTES.
Édition originale de cet ouvrage qui fit la notoriété de Custine. Elle est illustrée d'un tableau dépliant : Généalogie des princes et princesses de Brunswick.
Custine visita la Russie durant l'été 1839. Constamment surveillé, il rédigea une série de lettres pour ses amis qui ne furent jamais envoyées, mais qu’il rassembla dans cet ouvrage, considéré comme le pendant russe De la démocratie en Amérique de Tocqueville (voir lot 179). Custine relève le retard de l'empire, tant sur le plan politique que culturel, et prévoit les difficultés du régime tsariste à introduire des formes démocratiques dans la société russe.
Le livre connut un succès rapide : six mille copies des deux premières éditions furent vendues en six mois et il fut immédiatement traduit en anglais, allemand et suédois. Controversé plus tard par Pouchkine, Tolstoï ou Dostoïevski, La Russie en 1839 permit néanmoins de faire connaître les poètes russes. Il connut un regain de popularité durant la Guerre Froide et une nouvelle traduction anglaise parut en 1989.
On a monté, à la fin du quatrième volume, la rare plaquette : Discours de Pierre le Grand, prononcé à l’Athénée le 20 mai 1844, par M. Ivan Golovine. Réfutation du livre de M. le Marquis de Custine (Paris, Didot frères, 1844).
Provenance : Loppin de Gemeaux et de Montmort (ex-libris armorié portant la devise "Ny amy ny ennemy a demy". Il pourrait s’agir de Magloire Gabriel Marie Loppin de Montmort (1786-1853), officier supérieur des gardes du corps de Charles X). Originaire de Beaune, la famille Loppin de Gemeaux et de Montmort compta de nombreux conseillers au Parlement de Paris, un président à mortier au Parlement de Paris et des maîtres de la Chambre des comptes de Bourgogne). -- Henry Greffulhe (ex-libris "Bibliothèque de Bois-Boudran").
[On joint :]
CUSTINE, Astolphe marquis de. Lettre autographe, probablement à Mme Koreff. [Paris, vers 1851] (8 p. sur 2 bifeuillets in-8).
Longue et belle lettre évoquant le médecin et écrivain allemand David Ferdinand Koreff (1783-1851) dont la famille de Custine fit la connaissance en 1811. En 1817, Koreff occupe la chaire de magnétisme animal créée à l'université de Berlin. Médecin personnel du chancelier prussien Karl August von Hardenberg, il s’installe à Paris en 1822 et se forge une notoriété dans le milieu littéraire de l’époque. Il fut proche de Balzac, de Chateaubriand, de Stendhal et de bien d’autres encore. Affligé par sa disparition récente, Custine relate avec force détails et une infinie émotion les liens qui le rattachaient à lui, et tout ce qu’il doit à cet esprit lumineux qui lui fit découvrir, entre autres, Goethe, Kant et Schiller.
"Vous me demandez, madame, quelques détails relatifs aux premiers tems de mes relations avec Koreff. Je sortais à peine de l’enfance lorsque je fis connaissance avec lui. Mon oncle de Sabran l’avait rencontré à Auxerre, chez Mme de Staël, exilée par le grand homme d’alors lequel a encore grandi de nos jours. La conversation variée et savante sans nulle pédanterie du jeune docteur allemand frappa beaucoup mon oncle ; Koreff avoit un de ces esprits lumineux et aptes à tout comprendre, qui sont destinés à dévoiler le génie d’une nation. La moderne philosophie, la science physiologique, les études des naturalistes allemands, leurs conquêtes dans la chimie et ans la physique étoient alors choses fort peu connues en France : Koreff les rendait claires pour les ignorants et intéressantes pour les savants, car son esprit se prétoit également aux communications sérieuses avec les hommes de l’art, avec les praticiens les plus positifs et aux conversations moitié graves moitié légères des gens du monde. C’est à cette double faculté qu’il dut les succès brillants aussitôt qu’il parut à Paris. Malheureusement dès cette époque il se fit des ennemis irréconciliables parmi les futurs confrères : les membres de la faculté de Paris. Il parloit avec toute la franchise mais toute l’imprudence de la jeunesse, des bornes [?] de la science en général, et en particulier des préjugés qui retardaient à Paris l’introduction des méthodes et la connaissance des faits qui depuis longtemps étoient populaires chez d’autres nations. Ce qu’il reprochait à nos savants et en général à notre nation, étoit trop juste et exprimé d’une manière trop piquante avec une verve d’originalité trop rare pour ne pas porter coups ; Voilà ce qu’on ne lui a jamais pardonné […] Mon oncle amena Koreff à Paris pour y traiter ma grand-mère d’un rhumatisme aigü. Elle étoit dans un état désespéré lorsqu’il entreprit de la guérir ; et il y parvint. Elle se trouvoit alors aux bains de Tivoli où on l’avoit portée […] Koreff la fit sortir de cette maison à pied. Ma grand-mère, la mise de Boufflers, étoit alors fort gênée, et Koreff lui donna une preuve de désintéressement que je lui ai vu renouveler en maintes occasions analogues. De ce moment il devint l’ami de notre famille […] Là il influa de la manière la plus salutaire sur mon éducation, en me faisant connaître la philosophie et la littérature allemande. Le mouvement des idées à cette époque en Allemagne tenoit du prodige ; et les œuvres des génies tels que Goethe, Schiller, Kant, Fichte, Richter, Novalis expliquées à un enfant de 15 ans par un homme de 44 devoient faire révolution dans ma tête : aussi le souvenir de Koreff s’est-il toujours confondu dans ma pensée avec le premier essor de mon intelligence ; j’ai dû à son commerce le goût des productions étrangères ; la facilité à me transporter au point de vue des étrangers, la connoissance de leurs langues […] Toutefois nous ne négligions pas les anciens : Koreff avait traduit Tibulle en vers allemands et il me faisoit collationner son œuvre mot à mot sur l’original latin. Nous étudions aussi à fond la littérature italienne […] Ces travaux n’empêchoient pas l’infatigable ami de l’humanité de poursuivre, même au fond de notre vallée, les études dont un vrai médecin de se distrait jamais. Il approfondissait la science à sa source, au lit du malade ; il n’y avait pas un être souffrant aux environs de Fervaques qu’il ne nécessitât qu’il ne soulageât […] Je n’ai pas besoin de vous dire le désintéressement avec lequel il excerçoit ce métier […] En 1811 nous partîmes ensemble pour la Suisse et l’Italie […] La variété des connaissance de Koreff, l’inépuisable intérêt qu’il répandoit dans la conversation à propos de chaque objet nouveau qui s’offroit à nos yeux étoient pour moi et pour mon gouverneur qui nous accompagnoit également dans ce voyage, un sujet d’étonnement et de plaisir toujours nouveau […] Le souvenir de ces communications intimes sera jusqu’à la fin l’un des plus doux souvenirs et des plus consolants de ma vie ; mais vous concevez, Madame, que l’image de Koreff s’est tellement identifiée avec moi enfant […] qu’il me semble que ce n’est à moi qu’il appartient de rédiger avec la froideur nécessaire l’article de nécrologie de l’homme rare et excellent que nous pleurons […] En 1813 les circonstances politiques séparèrent Koreff de nous, il rentra dans son pays […] Je regretterai toujours de n’avoir pu lui donner une dernière marque d’amitié aux approches de sa fin […] le souvenir de sa conversation […] me restera comme un des plus consolants de ma vieillesse […] Pendant notre séjour à Rome Koreff m’a fait connaître plusieurs grands hommes […]." (Lettre publiée dans le Bulletin de la Société Chateaubriand, n° 44, p. 72.)
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