For Marcel Duchamp, Matta's first contribution to Surrealism - and his most decisive one - was the discovery of previously unexplored areas in the artistic field. The triptych Prince of Blood, painted in New York in 1943, carries the young painter's ambition to give visual form to a world in flux and contradictions. "Reality can only be represented in a state of perpetual transformation," Matta wrote as early as 1937. After fleeing Europe for New York at the beginning of World War II, Matta became passionate about the study of mathematics, quantum physics and mysticism. "If we admit that we have entered a new world governed by laws we do not understand (...) then the mission of the poet and the artist is to represent this physical reality in which we now live, which is revolutionary". An aesthetic shock would open this new path for him: the exhibition of Marcel Duchamp's Grand Verre at the Museum of Modern Art in 1943, presented for the first t.mes in New York since its unveiling in 1926 at the Brooklyn Museum.

Hermann Landshoff, Installation view, Philadelphia Museum of Art, 1954. Work by Marcel Duchamp, The Large Glass (Le Grand Verre), 1915-23. Photo © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image Archiv Landshoff © Association Marcel Duchamp / Adagp, Paris, 2021.

Fascinated by the network of cracks that now marked the transparency of the glass panels that Duchamp meticulously restored after the irreversible damage that occurred during a transport of the Grand Verre, Matta moved, as he described it himself, "from a kind of burning fire, mineral lights and other such things to a space constructed by geodesic lines and waves. Matta then embarked on the creation of two triptychs, Prince of Blood and La Vertu noire, now held at the Tate Gallery in London. The ambitious format of these compositions, with their evocative titles, would consecrate the Chilean painter's passionate visual research on the interpenetration of the regions of the human mind and the spaces of the cosmos. They are now considered among the first visual forms that a 20th century artist could give to the Einsteinian theory of space-t.mes .

Roberto Matta, Black Virtue, 1943, London, Tate collects ion. Photo © Tate, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / Tate Photography © Adagp, Paris, 2021.

The idea of the triptych allowed Matta to paint what he called "the contradictions" of a reality without having to resolve them. In fact, the three parts of Prince of Blood have no continuity with each other, neither structural nor chromatic. The left panel, which evokes Matta's style of the European years 1939-1942, is dominated by blacks and dark reds and describes a kind of black hole in the centre of which a biomorphic totem seems to attract the olive green tetrahedron material. In the central panel, apart from a few blue interventions, colour is absent, light circulates faster than colour, the viewer is invited to an immersive experience in a kind of particle accelerator, the manner almost foreshadowing the aesthetic turn Matta would take from the second half of the 1940s, after his exclusion from the surrealist group. As for the panel on the right, it is a sort of negative of the left part: a luminescent red colours the space in which black surfaces, planets and a group of concentric circles drawn with the blade of a razor or the handle of a brush are floating; as if the spectator was now looking at the left part but from the other side of the black hole. Yet there is an organic unity behind these incompatible views and contradictory realities: the sum of the width of the two side panels is equal to the width of the central panel. Matta thus reminds us that he only considered searching for new pictorial forms in the light of precise and rigorous scientific concepts.

Of unprecedented power and complexity, Prince of Blood is an electrifying plastic experience, a visual poem whose literary equivalent could be Rimbaud's Le Bateau ivre, which the French Surrealists knew by heart. Its presentation at the prestigious Pierre Matisse Gallery earned the artist a very enthusiastic reception, consecrating him as the most promising artist of the new surrealist generation and encouraging him to produce a few more triptychs in 1944 and 1945.

Roberto Matta, Le Pendu (The Hanged Man), 1942, Private collects ion. Sale Replica Shoes ’s, Paris, 8th December 2011, lot 10. © Adagp, Paris, 2021.

Pour Marcel Duchamp, la première contribution de Matta au Surréalisme -et sa plus décisive- fut la découverte d’espaces jusqu’alors inexplorés dans le domaine artistique. Le triptyque Prince of Blood, peint à New York en 1943, porte l’ambition du jeune peintre de donner une forme visuelle à un monde en flux et contradictoire. ''La réalité ne peut être représentée qu’en état de transformation perpétuelle'' écrit Matta dès 1937. Après avoir fui l’Europe pour New York au début de la Seconde Guerre Mondiale, Matta se passionne pour l’étude des mathématiques, de la physique quantique et de la mystique. ''Si nous admettons que nous sommes entrés dans un nouveau monde régi par des lois que nous ne comprenons pas (…) alors la mission du poète et de l’artiste est de représenter cette réalité physique dans laquelle nous vivons désormais, qui est révolutionnaire''. Un choc esthétique lui ouvrira cette nouvelle voie : c’est l’exposition du Grand Verre de Marcel Duchamp au Museum of Modern Art en 1943, présenté pour la première fois à New York depuis son vernissage en 1926 au Brooklyn Museum. Fasciné par le réseau de craquelures constellant désormais la transparence des plaques de verre minutieusement restaurées par Duchamp après les dommages irréversibles survenus lors d’un transport du Grand Verre, Matta passe, comme il le décrit lui-même, ''d’une sorte de feu brûlant, de lumières minérales et autres choses de ce genre à un espace construit par des lignes et vagues géodésiques''. Matta se lance alors dans la réalisation de deux triptyques, Prince of Blood et La Vertu noire aujourd’hui conservée à la Tate Gallery de Londres. Le format ambitieux de ces compositions aux titres évocateurs, consacreront les recherches visuelles passionnées du peintre chilien sur l’interpénétration des régions de l’esprit humain et des espaces du cosmos. Elles sont aujourd’hui considérées parmi les premières formes visuelles qu’un artiste du XXe siècle ait pu donner à la théorie einsteinienne de l’espace-temps.

Matta in New York in 1942. © Adagp, Paris, 2021.

Le principe du triptyque permettait à Matta de peindre ce qu’il appelait ''les contradictions'' d’une réalité sans avoir à les résoudre. De fait, les trois parties de Prince of Blood n’ont aucune continuité l’une avec l’autre, ni structurelle, ni chromatique. Le panneau de gauche qui évoque le style de Matta des années européennes 1939-1942, est dominé par les noirs et les rouges sombres et décrit une sorte de trou noir au centre duquel un totem biomorphique semble attirer la matière de tétraèdres vert olive. Dans le panneau central, hormis quelques interventions bleues, la couleur est absente, la lumière circule plus vite que la couleur, le spectateur est invité à une expérience immersive dans une sorte d’accélérateur de particules, la manière annonce presque le virage esthétique que Matta prendra à partir de la seconde moitié des années 40, après son exclusion du groupe surréaliste. Quant au panneau de droite, c’est une sorte de négatif de la partie gauche : un rouge luminescent colore l’espace dans lequel flottent des plans noirs, des planètes et un groupe de cercles concentriques dessinés avec la lame d’un rasoir ou avec le manche d’un pinceau ; comme si le spectateur regardait désormais la partie décrite à gauche mais de l’autre côté du trou noir. Il existe pourtant une unité organique derrière ces points de vue incompatibles et réalités contradictoires : la somme de la largeur des deux panneaux latéraux est égale à la largeur du panneau central. Matta rappelle ainsi qu’il n’envisage de rechercher de nouvelles formes picturales qu’à l’aune de concepts scientifiques précis et rigoureux.

D’une puissance et d’une complexité inédites, Prince of Blood est une expérience plastique électrisante, un poème visuel dont l’équivalent littéraire pourrait être Le Bateau ivre de Rimbaud, que les surréalistes français connaissaient par cœur. Sa présentation à la prestigieuse Pierre Matisse Gallery vaudra à l’artiste un accueil très enthousiaste, le consacrant comme l’artiste le plus prometteur de la nouvelle génération surréaliste et l’encourageant à produire quelques autres triptyques en 1944 et 1945.