René Magritte experienced his most prolific period when he moved to Paris in September 1927. This French interlude, which lasted until June 1930, was made possible by his meeting with the Belgian dealer Paul-Gustave Van Hecke (1887-1967).
Van Hecke was a leading figure on the Belgian art scene. From a modest Flemish background, very early he became involved as a socialist activist while also becoming friends with the artists of the Lys, in Sint-Martens-Latem, who were known to embody the spirit of (Flemish) Expressionism: Frits van den Berghe, the De Smet brothers and Gustave Van de Woestyne. During World War I, Van Hecke moved to Brussels where he met his future wife, Honorine Deschryver. In 1916 they created the Norine Couture House, an important source of income that allowed Van Hecke to carry out his various projects. In 1920, he opened his first art gallery and eponymous magazine, Sélection, while putting expressionist artists under contract with the company P.G. Van Hecke & Cie. Around the same t.mes , Van Hecke became the mentor of the young Dadaist E.L.T. Mesens, who introduced him to his friend René Magritte, who was then hesitating between abstraction and surrealism after his discovery of the work of de Chirico. Magritte earned his living with his advertising work and Van Hecke hired him to promote the Norine fashion house, with a first project published in 1924.
Thanks to the influence of Mesens and Magritte, Van Hecke was introduced to the surrealist movement to which he decided to devote a special issue of Sélection in 1926. He eventually made contact with André Breton who looks down on him recalling that: "I had my wife answer that I did not care to collaborate with Sélection as I found this magazine idiotic.” Van Hecke replied: "I damn all dictatorships, from Lenin to Mussolini, via Breton. This animosity however, did not detract from Van Hecke's faith in Magritte to whom he offered to join his "stable" of artists. Less paid than his elders, Magritte received a monthly contract in exchange for his production but, thanks to the advantageous exchange rates, this amount was enough for him to settle with his wife Georgette in Paris. The artist was finally rid of what he calls his “imbecilic work” (advertising) and could devote himself to his real œuvre. For three years, he produced more or less 360 paintings, a record in his career. The majority of these were then handled by Van Hecke, who in the meant.mes had shared his contract with the Galerie du Centaure, which in April 1927 held its first solo exhibition devoted to Magritte. Shortly afterwards, Van Hecke and Mesens launched the magazine Variétés and the gallery L'Epoque, which became epicenters of Surrealism in Belgium. The hatchet was eventually buried with Breton, who agreed to edit the special issue of Variétes entitled “Le Surréalisme en 1929.”
Thanks to his geographic proximity to Paris, Magritte could easily associate with Breton and Aragon, Miro, Ernst, Arp and Dali, and thus collaborate further in the activities of the French Surrealists. In his painting, Magritte favored the objective representation of objects juxtaposed in unexpected and strange ways. He continued these experiments in Paris, where his body of work expanded to include questions of matter, transformation and, soon, words, which also became a key to his "desire to make, if possible, the most familiar objects scream."
The portrait of Van Hecke follows in this vein, with Magritte clearly drawing inspiration from a photograph of his patron that he paints in a hyper-realistic manner and merges him with a guitar that then appears in another work such as La Légende des guitares (CR 209). This approach is typical of Magritte's obsession with the notion of metamorphosis. His other preoccupation of the moment is with forms that float in space, either heads without bodies or inanimate objects. The form intertwined like a string under the face also appears here and there in other paintings and recalls some of Arp's work, which also uses thick strings to create anamorphic images.
This pioneering period in the history of Surrealism in Belgium was short-lived: Variétés ceased its activities on April 15, 1930, while L'Epoque had already closed its doors at the beginning of 1929, giving up its stock, its name, its location and its lease to the Galerie du Centaure. It followed that Magritte lost his contract and had to return to Brussels due to lack of funds. The Great Depression soon affected the entire Belgian gallery scene with a steady succession of closures. Mesens eventually bought back the remaining stock of Magritte's from the Galerie du Centaure in order to avoid the liquidation of hundreds of his works of art at low prices.
Magritte did not paint much until the mid-thirties, earning a living again with his advertising work, while Van Hecke returned to his political activism in Ghent. The two men remained friends until the end of their lives (they both died in 1967) and when Van Hecke took over as director of the cinema and exhibitions programme for the Casino of Knokke after the Second World War, he still called on Magritte many t.mes s and introduced him to the local scene. This portrait, which Van Hecke never parted with, is testimony to this long and unbreakable friendship.
René Magritte vit sa période la plus prolixe lorsqu’il s’installe à Paris à partir de septembre 1927. Cette échappée française, qui dure jusqu'en juin 1930, a été rendue possible grâce à sa rencontre avec le marchand belge Paul-Gustave Van Hecke (1887-1967).
Van Hecke est une personnalité-phare de la scène artistique belge. Venant d’un milieu modeste, il développe très tôt une activité de jeune militant socialiste flamand. Dans la foulée, il se lie avec les artistes de la Lys, à Laethem-Saint-Martin, connus pour incarner l’esprit de l’Expressionnisme (flamand) : Frits van den Berghe, les frères De Smet et Gustave Van de Woestyne. Pendant la Première Guerre mondiale, Van Hecke s’installe à Bruxelles où il rencontre celle qui deviendra son épouse : Honorine Deschryver. Ils créent en 1916 la Maison de Couture Norine, une source de revenus importante qui permet à Van Hecke de mener à côté ses projets. Dès 1920, il inaugure sa première galerie d’art et revue éponyme, Sélection, tout en mettant les artistes expressionnistes sous contrat avec la société P.G. Van Hecke & Cie. Vers la même époque, Van Hecke devient le mentor du jeune dadaïste E.L.T. Mesens qui lui présente son ami René Magritte, hésitant alors entre l’abstraction et le surréalisme naissant grâce à la découverte de Chirico. Magritte gagne alors sa vie grâce à ses travaux publicitaires et Van Hecke l’engage pour la promotion de la Maison de Couture Norine, avec un premier projet paru en 1924.
Grâce à l’influence de Mesens et Magritte, Van Hecke s’ouvre au surréalisme auquel il décide de consacrer en 1926 un numéro spécial de Sélection. Il se met alors en contact avec André Breton qui le prend de haut : ‘’j’ai fait répondre par ma femme que je me souciais peu de collaborer à Sélection que je tenais cette revue pour idiote’’, ce à quoi Van Hecke répondit : ‘’J’emmerde toutes les dictatures, de Lénine à Mussolini, à travers Breton.’’ Cette animosité n’entache en rien la foi de Van Hecke en Magritte auquel il propose de rejoindre son ‘’écurie’’ d’artistes. Moins payé que ses aînés, Magritte reçoit un contrat.mes nsuel en échange de sa production mais, grâce aux taux d’échanges avantageux, ce montant lui est suffisant pour s’installer avec son épouse Georgette à Paris. Il est enfin débarrassé de ce qu’il appelle ses travaux imbéciles (la publicité) et peut se consacrer à son œuvre. Durant trois années, il produit plus ou moins 360 tableaux, un record dans sa carrière. La majorité revient alors à Van Hecke qui, entre- temps, a partagé le contrat avec la galerie du Centaure ; en avril 1927, cette dernière consacre à Magritte sa première exposition solo. Peu après, Van Hecke lance avec Mesens la revue Variétés et la galerie L’Epoque, devenus les épicentres du Surréalisme. La hache de guerre est même enterrée avec Breton qui accepte de diriger le numéro spécial de Variétes intitulé Le Surréalisme en 1929.
De son côté, grâce au rapprochement géographique avec Paris, Magritte peut facilement fréquenter Breton et Aragon, Miro, Ernst, Arp et Dali, et donc collaborer davantage aux activités du groupe surréaliste français. Dans sa peinture, Magritte privilégie alors la représentation objective d’objets disposés de façon inattendue et étrange. Il continue ces expériences à Paris où son corpus d’œuvres s’étend aux questions de matière, de transformation et, bientôt de mots, qui deviennent aussi une clef dans sa ‘’volonté de faire si possible hurler les objets les plus familiers.’’
Le portrait de Van Hecke est de cette veine, Magritte s’inspirant clairement d’une photographie de son mécène qu’il peint de façon hyper réaliste pour le faire fusionner avec une guitare présente dans La Légende des guitares (CR 209). Cette démarche est propre à l’obsession de Magritte pour la notion de métamorphose. Son autre préoccupation du moment porte sur des formes qui flottent dans l’espace, soit des têtes sans corps, soit des objets inanimés. La forme entrelacée telle une corde sous le visage apparaît aussi çà et là dans d’autres toiles et rappelle certains travaux de Arp qui utilise aussi d’épaisses ficelles pour créer des images anamorphes.
Cette période pionnière de l’histoire du Surréalisme de Belgique fut de courte durée : Variétés cesse ses activités le 15 avril 1930 tandis que L’Epoque avait déjà fermé ses portes début 1929 en cédant son stock, sa raison sociale, son installation immobilière et son bail au Centaure. Magritte perd bientôt aussi son contrat et doit revenir à Bruxelles faute de moyens. La crise économique atteint tout le milieu des galeries belges qui ferment les unes après les autres. Mesens rachète ainsi le stock d’œuvres de Magritte accumulées par Le Centaure, pour éviter la liquidation à bas prix de centaines d’œuvres d’art.
Magritte ne peint quasi plus jusqu’au milieu des années trente, gagnant à nouveau sa vie avec ses travaux publicitaires, tandis que Van Hecke retourne à ses activités de militant à Gand. Les deux hommes resteront amis jusqu’à la fin de leur vie (ils décèdent la même année, en 1967) et lorsque Van Hecke prendra en main la politique du cinéma et des expositions du Casino de Knokke après la Seconde Guerre mondiale, il fera encore appel à de nombreuses reprises à Magritte qu’il introduit dans les milieux locaux. Et comme garant de cette amitié indéfectible, ce portrait dont Van Hecke ne se séparera jamais.