I wanted to paint like I was going into battle. To paint until exhaustion, until I collapsed.
One must imagine Shiraga leaping into the void, tied to the end of a rope, swinging back and forth, his feet serving as brushes. One must understand the audacity it took to engage not only his mind but his entire body in a battle with matter. One must salute the genius that allowed him to reconcile the ancestral tradition of calligraphy and the techniques of action painting, happening and performance. And, of course, one must marvel at the magnetic and triumphant Chimeisei Tettekisen.
Chimeisei Tettekisen intrigues as much as it fascinates. Swirling around until the viewer's gaze falls on his vermeil heart, this painting catalyzes the incredible creative energy that inhabits Shiraga at the t.mes . From one of the most important series of paintings that the artist has painted (The Water Margin Series), Chimeisei Tettekisen masterfully illustrates the epic of a great hero of medieval China popularized in Japan thanks to the engravings of IchiyĂ»sai Kuniyoshi. In this adventure, whose compilation is attributed to Shi Nai'an, 108 banditsâ revolt against the corruption of the emperor's high officials. Tettekisen Barin (or Ma lin in Chinese) is one of these endowed divine heroes who rises up against the establishment thanks to his magical powers.
In his quest for freedom, not hesitating to question traditions and conventions, Shiraga also plays the role of a revolutionary. But this is not a question of politics but of artistic practices, Shiraga opening up the field of possibilities by establishing a new relationship to the work that will be one of the starting points of another history of art.
One of the greatest art critics of the 20th century, the theorist of informal art Michel Tapié was not mistaken, acquiring Chimeisei Tettekisen in 1961. As did the curators in charge of some of the most important exhibitions dedicated to the artist's work to date, who repeatedly presented the painting, which was only once reunited with its counterpart in the collects ions of the Louvre Abu Dhabi on the occasion of the magnificent exhibition Il Teatro Della Performance at the Galleria Civica d'Arte Moderna e Contemporanea in Turin ten years ago.
Like the heroic status of the characters in The Water Margin, Shiragaâs art relies on violence to achieve its full salience:[âŠ] For Shiraga, individual passion was not enough; heroic strength was the path to artistic victory.
FĂ©roce, primaire, provocante, mais chargĂ©e dâune grĂące Ă©lectrisante ; voilĂ comment il est possible de dĂ©crire Chikaisei Shinsanshi de Kazuo Shiraga. Issue dâAu bord de lâeau (Water Margin series), la plus cĂ©lĂšbre sĂ©rie de lâartiste, lâĆuvre tire son nom â comme la douzaine dâhuiles sur toile de la sĂ©rie â dâun des hĂ©ros dâune des Ă©popĂ©es les plus importantes de la Chine mĂ©diĂ©vale.
La matiĂšre de ce chef dâĆuvre semble se soulever et se tordre dans une agitation ardente par le biais dâune touche vigoureuse, tĂ©moignant ainsi de la vigueur brute et de la violence viscĂ©rale qui caractĂ©risent lâĆuvre de Shiraga. Tandis que des jets dâun bleu radieux illuminent lâarriĂšre-plan, des lacĂ©rations bestiales de lignes rouges et noires sâenracinent sur la surface de lâĆuvre. Les lĂ©gendaires empreintes picturales produites par les pieds du jeune maĂźtre du Gutai tracent alors une voie dâexpression triomphante au travers de la dichotomie corporelle et picturale en interaction. Comme aucun autre artiste avant lui, Shiraga produit une performance abstraite gĂ©nĂ©rĂ©e par le mouvement et la dynamique physique. Comme lâa remarquĂ© Ming Tiampo, "Ce nâest pas seulement le mouvement de son corps [âŠ] mais aussi lâaffirmation de la matiĂšre elle-mĂȘme." (Ming Tiampo, âNot just beauty, but something horribleâ, in exh. cat. Body and Matter: The Art of Kazuo Shiraga and Satoru Hoshino, New York, 2015, pp. 21-22).
"ParallĂšlement aux situations hĂ©roĂŻques des personnages dâAu bord de lâeau, lâart de Shiraga sâappuie sur la violence pour atteindre son acmĂ© [âŠ]. Pour Shiraga, la passion individuelle nâĂ©tait pas suffisante, seule la force hĂ©roĂŻque constituait le chemin de la victoire artistique."
Au bord de lâeau est la premiĂšre sĂ©rie de Shiraga Ă ĂȘtre prĂ©sentĂ©e en Europe. Câest Ă ce moment oĂč son travail gagnait une audience internationale, que lâartiste donna des noms Japonais Ă ses toiles sur les conseils de Stadler et TapiĂ©. Il dĂ©buta cette sĂ©rie en 1959 et termina la derniĂšre Ćuvre en 2001. Bien quâil ait titrĂ© chaque peinture dâaprĂšs un des hĂ©ros de la lĂ©gende asiatique, chaque Ćuvre nâa pas Ă©tĂ© identifiĂ©e comme faisant partie de cette sĂ©rie jusquâĂ ce que celle-ci soit dĂ©finitivement terminĂ©e et entiĂšrement rĂ©vĂ©lĂ©e en 2001.
Dans la lĂ©gende orale dâAu bord de lâeau, cent-huit bandits se sont rebellĂ©s contre lâempereur corrompu en menant un complot dâune grande violence afin de retrouver lâordre et la justice. La prĂ©sente Ćuvre, titrĂ©e Chikaisei Shinsanshi en japonais, tire ainsi son nom du 53Ăšme des 108 hĂ©ros chinois nommĂ© Jian Jing, qui est liĂ© aux astres terrestres et est surnommĂ© âle dieu du calculâ.
En exĂ©cutant Chikaisei Shinsanshi avec ses pieds grĂące Ă une corde suspendue au plafond, Shiraga meut son corps et parvient ainsi Ă engendrer de la fĂ©rocitĂ© et de la brutalitĂ© sur la toile. Le spectateur se trouve alors confrontĂ© Ă une force insidieusement singuliĂšre, dĂ©passant par la mĂȘme occasion les aboutissements gestuels de lâexpressionnisme abstrait. Comme lâa remarquĂ© Kunimoto Namiko, les peintures dâAu bord de lâeau de Shiraga "dĂ©mentent leur dĂ©pendance Ă lâexpressionnisme abstrait amĂ©ricain Ă travers une allĂ©geance nominale Ă un passĂ© asiatique, qui est Ă la fois reprĂ©sentĂ© et occultĂ© par la violence inhĂ©rente de la composition produite par la manifestation corporelle de lâartiste" (Kunimoto Namiko, âShiraga Kazuo: The Hero and Concrete Violenceâ, 2013, p. 163).
La prĂ©sente Ćuvre date de 1961, un an avant que la carriĂšre de Shiraga prenne son envol Ă lâĂ©chelle internationale. Suite Ă la visite de TapiĂ© et Georges Mathieu Ă Osaka en 1957, la galerie Stadler prĂ©sente les peintures de Shiraga dans une exposition collects ive en 1959 et accueille en 1962 la premiĂšre exposition personnelle de lâartiste hors du Japon. En 1963, Shiraga a participĂ© Ă lâexposition dâArt Moderne du Grand Palais Ă Paris et en 1965 il a Ă©galement participĂ© Ă des expositions dans des musĂ©es historiques, comme au Stedelijk Museum dâAmsterdam, au Museum dâArt de San Francisco pour lâexposition des « New Japanese Painting and Sculpture » et au MusĂ©e dâArt Moderne de New York en 1967.
Aujourdâhui, la signification de lâĆuvre rĂ©volutionnaire de Shiraga commence Ă ĂȘtre comprise par les universitaires et les conservateurs du monde entier et son extraordinaire travail est reconnu comme lâune des voix dominantes de sa gĂ©nĂ©ration.