“These transparencies, with their pockets of obscurity, allow me to express my innermost desires […] I want a painting where all my instincts can flow freely.”
Executed in 1930-31, Saint Antoine depicts the paroxysmal form of a series of works initiated by Picabia in 1927: the Transparencies. The name of this series stems from the technique used by Picabia, which involves virtuously juxtaposing images and forms to create the sensation of a third dimension. While the first works of this emblematic cycle date back to 1927, Picabia inaugurated the second period of the Transparencies in 1929 comprising increasingly complex and refined works that led him in 1930, the year Saint Antoine was executed, to a new vantage point present in this painting.
Like the other works in this world-renowned series, Saint Antoine incorporates cinematic overprinting techniques into the painting, to create what filmmaker Gaston Ravel described as a ‘fade-out’. The Transparencies draw their iconography from various sources, ranging from the observation of natural phenomena to mythology and ancient sculpture, Roman frescoes, and Renaissance art. In Saint Antoine, Picabia is influenced by the art of Sandro Botticelli, one of his favorite artists. Although it may evoke a male figure, the monumental face at the centre of the composition is probably inspired from Botticelli's famous painting, Madonna of the Pomegranate, housed at the Offices in Florence. The child's face at the top of the canvas, looking up to the sky, also borrows from Botticelli's iconography and can be found in several of the Florentine master's compositions, such as the Child in the Madonna of the Magnificat (Offices, Florence). Many other references can be detected in the composition, whose source of inspiration is more difficult to identify, such as a naked woman kneeling in profile in the foreground or another naked woman walking barefoot and sensually raising her right arm on the left side of the work, whose pose could be derived from a 19th-century drawing or a photograph from the 1920s. two frequent sources of inspiration for Picabia's transparencies.
The painting was first exhibited in 1931 at the Galerie Georges Bernheim. At the t.mes of the exhibition, the psychologist, theosophist, and occultist Vivian du Mas gave a lecture entitled “Occultism in Picabia’s Art,” in which he stated that Picabia’s painting “uses a pictorial language that is more or less comprehensible, quite close to ordinary language, in order to convey occult reality... the impressions people have received from that occult world.” (quoted in M.L. Borràs, op. cit., p. 342) But Picabia spoke of his art in more personal terms, asserting that these transparent paintings were in fact interpretations of his own reality: “I have worked for months and years using nature, copying it, transposing it. Now, it is my own nature that I copy, that I try to express. I was once feverish about calculated inventions; now it is my instinct that guides me.” (quoted in W. Camfield, op. cit., p. 239)
In this painting, Picabia offers a highly personal interpretation of the theme of The Temptation of Saint Anthony, a subject that has inspired countless artists over the centuries. While the figure of the saint is barely discernible, the objects of temptation take the form of nude women in lascivious poses, seemingly emerging straight out of Charles Baudelaire’s Les Fleurs du mal:
“Others, like sisters, walk slow and solemn
Through rocks filled with apparitions,
Where Saint Anthony saw rising, like streams of lava,
The bare, crimson breasts of his temptations.”
Charles Baudelaire, “Femmes damnées”, in Les Fleurs du mal, 1861.
Unlike traditional representations of this topic, Picabia offers an abstract vision of Saint Antoine where the superposition of pictorial layers hints at the scene corresponding to the story suggested by the title. Through the different strata composing Saint Antoine, Picabia succeeds in creating a subversive ensemble where the aesthetic and elegance of the execution contrast with the initially enigmatic character of the painting.
"Ces transparences avec leur coin d’oubliettes me permettent de m’exprimer à la ressemblance de mes volontés intérieures. […] Je veux un tableau où tous mes instincts puissent se donner libre cours."
Exécuté en 1930-1931, Saint Antoine est l’un des exemples les plus aboutis de la série d’œuvres initiée par Picabia en 1927 : les Transparences. Le nom de cette série provient de la technique utilisée par Picabia, qui consiste à juxtaposer avec virtuosité des images et des formes afin de créer la sensation d’une troisième dimension. Alors que les premières œuvres de ce cycle emblématique remontent à 1927, Picabia inaugure en 1929 la seconde période des Transparences, caractérisée par des œuvres de plus en plus complexes et sophistiquées, qui le conduisent, en 1930 — année d’exécution de Saint Antoine —, à une nouvelle approche perceptible dans ce tableau.
Comme les autres œuvres de cette série mythique, Saint Antoine repose sur des techniques de surimpression cinématographique, créant ce que le cinéaste Gaston Ravel décrivait comme un « fondu enchaîné ». Les Transparences puisent leur iconographie dans des sources variées, allant de l’observation des phénomènes naturels à la mythologie et à la sculpture antique, en passant par les fresques romaines et l’art de la Renaissance. Dans Saint Antoine, Picabia est influencé par l’art de Sandro Botticelli, l’un de ses artistes de prédilection. Bien qu’elle puisse évoquer une figure masculine, la tête monumentale au centre de la composition est probablement inspirée du célèbre tableau de Botticelli, La Madone à la grenade, conservé au Musée des Offices de Florence. Le visage d’enfant en haut de la toile, aux yeux levés vers le ciel, emprunte lui aussi à l’iconographie botticellienne et se retrouve dans plusieurs compositions du maître florentin, telles que La Madone du Magnificat (Musée des Offices, Florence). De nombreuses autres références peuvent être décelées dans la composition, dont les sources d’inspiration sont plus difficiles à identifier : par exemple, une femme nue agenouillée de profil au premier plan, ou encore une autre femme nue marchant pieds nus et levant sensuellement le bras droit sur le côté gauche de l’œuvre. La pose de cette dernière pourrait provenir d’un dessin du XIXᵉ siècle ou d’une photographie des années 1920 — deux sources d’inspiration fréquentes pour les Transparences de Picabia.
Le tableau a été exposé pour la première fois dès 1931 à la Galerie Georges Bernheim. Au moment de l'exposition, le psychologue, théosophe et occultiste Vivian du Mas donna une conférence intitulée « L'occultisme dans l'art de Picabia », dans laquelle il affirmait que la peinture de Picabia « utilise un langage pictural plus ou moins compréhensible, assez proche du langage ordinaire, afin de traduire la réalité occulte..., les impressions que les gens ont reçues de ce monde occulte ». (cité dans M.L. Borràs, op. cit., p. 342) Mais Picabia parlait de son art en termes plus personnels, affirmant que ces peintures transparentes étaient en fait des interprétations de sa propre réalité : « J'ai travaillé pendant des mois et des années en utilisant la nature, en la copiant, en la transposant. Maintenant, c'est ma nature que je copie, que j'essaie d'exprimer. J'étais autrefois fébrile à propos d'inventions calculées, maintenant c'est mon instinct qui me guide » (cité dans W. Camfield, op. cit. p. 239)
Dans ce tableau, Picabia donne une interprétation très personnelle du thème de la Tentation de Saint Antoine, qui a inspiré de nombreux artistes au cours des siècles passés. Si la figure du saint est difficilement décelable, les objets de la tentation prennent ici la forme de femmes nues prenant des positions lascives, qui semblent tout droit sortir des Fleurs du mal de Charles Baudelaire :
« D’autres, comme des sœurs, marchent lentes et graves
À travers les rochers pleins d’apparitions,
Où saint Antoine a vu surgir comme des laves
Les seins nus et pourprés de ses tentations. »
Charles Baudelaire, ‘Femmes damnées’, in Les Fleurs du Mal, 1861
Contrairement aux représentations traditionnelles de ce sujet, Picabia propose une vision abstraite de Saint Antoine, où la superposition de couches picturales suggère la scène correspondant au récit évoqué par le titre. À travers les différentes strates qui composent Saint Antoine, Picabia parvient à créer un ensemble subversif, où l’esthétique et l’élégance de l’exécution contrastent avec le caractère initialement énigmatique de la peinture.