René Magritte, L’Usage de la parole, Private collects ion. © ADAGP, Paris, 2022.

Magritte's entire work is based on the idea of ‘collage’. Isidore Ducasse, known as the Count of Lautréamont, approaches this when he talks about his theory of disruptive objects: "Beautiful as the chance encounter on a dissection table of a sewing machine and an umbrella”. From the very beginning, Magritte sought to question reality by juxtaposing images extracted from our familiar environment which, placed side by side and outside their usual context, become disturbings , mysterious or poetic. It is a collage of objects or words, amplified by a quasi-photographic and flat rendering. The collage, as such, extends Magritte's experience allowing him to work with a technique that is also in line with his thinking. Magritte's first papiers collés were made in 1925, marking the beginning of a first wave of production that ended abruptly two years later, and comprising nearly 30 works. From the beginning, Magritte used sheet-music from which he cut out shapes to embody objects, mainly cup-and-ball and cello necks, as well as images taken from popular magazines. Magritte often depicted lost jockeys in these works, enjoying at the t.mes horse racing tracks.

In March-April 1930, Magritte took part in a group exhibition - Collages et papiers collés - held at Camille Goemans' Paris gallery, with an introduction wrote by Louis Aragon. In his essay, he mentions that “Magritte has used papier collé and, very recently, collage of illustrations”, a sentence punctuated by a searing footnote: “Is there a link between collage and the use of writing in the painting as Magritte practices it? I don't see any way of denying it.”

Louis Aragon, La peinture au défi, 1930.

This was followed by a difficult period for Magritte with the bankruptcy of his dealers: it was not until the beginning of the 1960s that he began a series of 25 new collages. The first was executed at the end of 1959 for the programme of a gala of the Belgian General Press Association’s Brussels section. Although still based on sheet-music, Magritte expanded his corpus: door, bird, pipe, candle, curtain, apple, man with a bowler hat, bottle, bell... This faster technique also allowed Magritte to refresh himself, even though he was exhausted by a large number of commissions. He writes lightly: "The painting with “Collages” can be considered as an “object of curiosity”, as a work with “originality”. What the painting means then is of no importance: only the “originality” of a process is of interest to amateurs focused on collects ing things that are “rare” because of the singularity of the materials used." (René Magritte letter to Barnet Hodes, 18 December 1961).

Le bon temps is the last collage Magritte ever mad and one of the most poetic, with its juxtaposition of his work’s key elements: the cloud-filled background, the man with the bowler hat, the curtain, the table and an eye-shaped face, all image-objects with unique – and profoundly Magrittean - dreamlike effects.


René Magritte, Colombe, 1931, Private collects ion. © ADAGP, Paris, 2022.

L’œuvre entier de Magritte relève de la pratique du collage. Lorsqu’il évoque sa théorie des objets bouleversants, Isidore Ducasse, dit le comte de Lautréamont, n’est pas loin : “Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie.” Dès ses débuts, Magritte cherche à interroger le réel en juxtaposant des images issues de notre environnement familier qui, mises côte à côte, hors de leur contexte habituel, en deviennent inquiétantes, mystérieuses ou poétiques. Pour simplifier, il s’agit concrèt.mes nt d’un collage d’objets, ou de mots, amplifié par un rendu quasi photographique et plane.

Le collage, en tant que tel, prolonge donc l’expérience de Magritte qui pratique ainsi une technique totalement conforme à sa pensée. Les premiers papiers collés de Magritte apparaissent en 1925, marquant le début d’une première vague qui s’arrête net deux ans plus tard, avec près de 30 œuvres. Dès ses débuts, Magritte utilise des partitions musicales dont il découpe des formes pour figurer des objets, principalement des bilboquets et des manches de violoncelle, ainsi que des images récupérées dans des magazines populaires. Magritte y représente souvent des jockeys perdus, à une époque où il se rendait sur les champs de courses hippiques.

En mars-avril 1930, Magritte participe à l’exposition collects ive organisée à la galerie parisienne de Camille Goemans, Collages et papiers collés, avec une introduction de Louis Aragon : La Peinture au défi. Dans son essai, il mentionne que « Magritte a employé le papier collé et très récemment, le collage d’illustrations », phrase ponctuée d’une note en bas de page fulgurante : “Y a-t-il un lien entre le collage et l’emploi de l’écriture dans le tableau comme Magritte le pratique ? Je ne vois pas le moyen de le nier.”

S’ensuite une période difficile pour Magritte avec la faillite de ses marchands : ce n’est qu’au début des années soixante qu’il se relance dans une série de 25 nouveaux collages. Le premier avait été exécuté fin 1959 pour le programme d’un gala de la Section bruxelloise de l’Association générale de la presse belge. Toujours sur la base de partitions de musique, il élargit son corpus : porte, oiseau, pipe, bougie, rideau, pomme, homme au chapeau melon, bouteille, grelot… Cette technique plus rapide permet aussi à Magritte de se renouveler facilement, alors qu’il est épuisé par un grand nombre de commandes. Il écrit d’ailleurs, avec légèreté : “La peinture avec ‘Collages’ peut être considérée comme un ‘objet de curiosité’, comme un ouvrage ayant de ‘l’originalité’. Ce que la peinture signifie n’a alors aucune importance : seule ‘l’originalité’ d’un procédé présente de l’intérêt pour des amateurs qui sont préoccupés de collects ionner des choses qui sont ‘rares’ par la singularité des matériaux utilisés.” (René Magritte à Barnet Hodes, 18 décembre 1961).

Le bon temps est le dernier collage jamais réalisé par Magritte. Il compte parmi les plus poétiques avec la juxtaposition d’éléments-clefs de son œuvre : le fonds de nuages, l’homme au chapeau melon, le rideau, la table et un visage de forme oculaire aux yeux fermés, autant d’objets-images aux effets oniriques uniques.