“These paintings no longer – or almost no longer – aim to transcribe the aspects of a site, but rather those of the facts that occupy the painter's mind. They are landscapes of the mind. They aim to restore the immaterial world that inhabits the human mind: tumultuous disorder of images, the birth of images, the fading of images, which overlap and intertwine, fragments of memories of our spectacles mixed with purely cerebral and internal – perhaps visceral – facts."
Jean Dubuffet in Max Loreau, Catalogue des Travaux de Jean Dubuffet, Tables Paysagés, Paysages du Mental, Pierres Philosophiques, Paris, 1979, p. 192 (reproduction de la préface de l’exposition de 1952 à la galerie Pierre Matisse à New York)

This historical quote from 1952 foreshadows the last cycle of Jean Dubuffet’s oeuvre, characterized by his revisiting of various elements of his artistic past to create a new work in the mid-1970s.

Executed on October 31st, 1975, Synchronisation inaugurates Dubuffet’s series titled “Théâtre de la Mémoire” and is characteristic of the artist's last decade of creativity. The horizontality of the work unveils a plurality of assembled elements. In November 1977, the artist defined this series as an: “assemblages of pieces that I extract from previously made paintings and then associate by juxtaposing and superimposing them. The goal is to bring together in a single view several different moments of vision. The result is a mechanism similar to what is called polyphony in music. [...] These assemblages aim to evoke the moving flow of images in thought. They aim to suggest the mixing that thought does with all its visions – both the immediate visions presented to it by its surroundings and those that inhabit it, which it creates itself. The result is a kind of multi-voiced song; not voices singing in the same tone, but each in its own tone. Hence, a cacophony results.”[1]

“Théâtre de la Mémoire” stands as a continuation of the artistic work Dubuffet begun in 1975 with “Lieux Abrégés”. Taking notice of the numerous works on paper scattered on the floor of his studio, and especially the disorganization and overlapping of the sheets, Dubuffet felt a new wind of inspiration. He started to rework these existing compositions with black outlines, and began to assemble them, as evidenced by the present work which is composed of seven synchronized pieces. The support is then adapted and reworked: “To create an image, then destroy it to make something essentially different emerge through the simple play of the scissors, the combinatorial virtue of collage, an unprecedented aspect of vision.”[2] These images are finally fixed to the walls with magnets, enabling the artist to create a systematic diagram using precise measurements to determine the exact placement of each element.

With its panoramic format of 67 x 212 cm, Synchronisation invites the viewer to enter a plural universe based on a succession of discontinuous elements, standing in contrast to traditional paintings which generally focus on a single point of view. The usual human scale is abolished, and the characters appear in places against a bluish background. The colour palette is deliberately reduced, thus highlighting certain areas where the gaze is directed. Synchronisation offers a panorama with a heterogeneous and colourful appearance, embarking the viewer on a dynamic contemplative journey. Acquired directly from the artist by Galerie Beyeler, Synchronisation remained in the same collects ion for three decades.

[1] Jean Dubuffet, Notes Préparatoires pour l’émission « L’homme en question », reproduit dans le catalogue d’exposition : Fondation Pierre Gianadda, Martigny, Jean Dubuffet, 1993, p. 160
[2] Daniel Abadie, « Le Ramentevoir de Jean Dubuffet » - juillet 1979 - in Max Loreau, Catalogue des Travaux de Jean Dubuffet, Théâtres de Mémoire, Paris, 1982, p. 186

Portrait of Jean Dubuffet, Paris, 1976 © Archives Fondation Dubuffet, Paris / © Kurt Wyss, Basel / © ADAGP, Paris, 2024

“Ces tableaux ne visent plus – ou presque plus – à transcrire les aspects d’un site, mais plutôt ceux des faits qui occupent l’esprit du peintre. Ce sont des paysages de cervelle. Ils visent à restituer le monde immatériel qui habite l’esprit de l’homme : tumultueux désordre d’images, de naissance d’images, d’évanouissement d’images, qui se chevauchent et s’entremêlent, débris de souvenirs de nos spectacles mélangés à des faits purement cérébraux et internes – viscéraux peut être. »
Jean Dubuffet in Max Loreau, Catalogue des Travaux de Jean Dubuffet, Tables Paysagés, Paysages du Mental, Pierres Philosophiques, Paris, 1979, p. 192 (reproduction de la préface de l’exposition de 1952 à la galerie Pierre Matisse à New York)

Cette citation historique de 1952 préfigure le dernier cycle de Jean Dubuffet où il reprend divers éléments de son passé artistique pour créer une œuvre nouvelle au milieu des années 1970.

Synchronisation inaugure la série « Théâtre de la Mémoire » en étant exécutée le 31 octobre 1975 par Jean Dubuffet. Celle-ci est caractéristique de la dernière décennie créative de l’artiste. L’horizontalité de l’œuvre dévoile une pluralité d’éléments assemblés. En novembre 1977, l’artiste définit cette série comme : « des assemblages de morceaux que je prélève dans des peintures faites préalablement et que j’associe ensuite en les juxtaposant et superposant. Le but est de réunir dans un seul regard plusieurs moments différents du regard. Il en résulte un mécanisme similaire à ce qu’on appelle dans la musique la polyphonie. […] Ces assemblages visent à évoquer ce déroulement mouvant des images dans la pensée. Ils visent à suggérer le brassage que la pensée fait de toutes ses visions – tout à la fois les visions immédiates qui lui sont présentées par ce qui l’entoure et aussi celles qui l’habitent, qu’elle fabrique elle-même. Il en résulte une espèce de chant à plusieurs voix ; et non pas des voix qui chantent dans le même ton, mais chacune dans un ton qui lui est propre. D’où résulte une cacophonie[1] ».

Le « Théâtre de la Mémoire » apparaît dans la continuité du travail artistique débuté en 1975 avec les « Lieux Abrégés ». L’artiste remarque les nombreuses peintures sur papier éparpillées sur le sol de son atelier. La désorganisation et le chevauchement des feuilles l’inspirent. En reprenant ces compositions aux cernes noirs, le peintre se met alors à les assembler, comme dans la présente œuvre composée de sept pièces synchronisées. Le support est alors adapté et retravaillé : « Fabriquer une image, la détruire ensuite pour en faire surgir par le simple jeu du ciseau, la vertu combinatoire du collage quelque chose d’essentiellement autre, un aspect inédit de la vision[2] ». Ces images sont ensuite fixées sur les murs à l’aide d’aimants et l’artiste réalise un diagramme systématique utilisant des mesures précises pour déterminer l'emplacement exact de chaque élément.

Avec son format panoramique de 67 x 212 cm, Synchronisation invite le spectateur à rentrer dans un univers pluriel basé sur une succession d’éléments discontinus a contrario de la peinture traditionnelle, qui se focalise sur un point de vue unique. L’échelle humaine habituelle est abolie et les personnages apparaissent par endroits sur un fond bleuté. La palette chromatique est volontairement réduite, mettant ainsi en valeur certains endroits où le regard se fixe. Synchronisation offre un panorama d’apparence hétéroclite et colorée, invitant le spectateur à une contemplation dynamique. Acquise direct.mes nt auprès de l’artiste par la Galerie Beyeler, cette œuvre est restée dans la même collects ion depuis trois décennies.

[1] Jean Dubuffet, Notes Préparatoires pour l’émission « L’homme en question », reproduit dans le catalogue d’exposition : Fondation Pierre Gianadda, Martigny, Jean Dubuffet, 1993, p. 160
[2]Daniel Abadie, « Le Ramentevoir de Jean Dubuffet » - juillet 1979 - in Max Loreau, Catalogue des Travaux de Jean Dubuffet, Théâtres de Mémoire, Paris, 1982, p. 186

Portrait of Jean Dubuffet, Paris, 1976 © Archives Fondation Dubuffet, Paris / © Kurt Wyss, Basel / © ADAGP, Paris, 2024