This work belongs to a series of heads and busts of men made by Pablo Picasso in April 1965. The head is simplified, sketched by broad and sudden brushstrokes. The coloured flat tints build up the figure which is then enhanced by details painted in black.

The character's stripped t-shirt or marinière, a Picasso signature of sorts, raises questions regarding the man's identity. Is it a self-portrait? The face of his father? Picasso indeed said, "Every t.mes I draw a man, I find myself thinking of my father… To me a man means 'Don José,' and it will always be so, all my life… He wore a beard… All the men I draw I see more or less with his features'’. (Late Picasso: Paintings, Sculpture, Drawings, Prints 1953-72 (exhibition catalogue), The Tate Gallery, London, 1988, p. 94). Could this portrait be a fusion of the two, father and son? Or maybe a more universal metaphor of the figure of the artist?

What is certain is that the urgency of the painting refers to the artist's questioning of his mortal condition. Stricken at the t.mes by an ulcer, the aging Picasso wonders and worries about the passage of t.mes . "The most striking feature of the late period is undoubtedly its vitality… Accumulation and speed were the only defenses he [Picasso] had left in his fight to the death with t.mes . Every work he created was a part of himself, a particle of life, a point scored against death. ‘I have less and less t.mes ’, he said, ‘and I have more and more to say’. What allowed him to gain t.mes , to go faster, was his recourse to conventional signs, formal abbreviations, the archetypal figure that concentrates the essence of what he has to say (ibid, pp. 84-85). This psychological projection of a complex and multifaceted identity refers, moreover, to his other works from this period, filled with depictions of musketeers, matadors and painters, embodiments of a sense of power and masculinity.

The last decade of Picasso's output has historically been the least understood by critics and art historians. His figurative style was opposed to the search for pure abstraction and the rediscovery and popularity of certain movements - Dada in particular - in the second half of the 20th century. However, the fragmentation of his faces by broad strokes of colour gives the works from this period a striking expressiveness and a stunning modernity. Susan Galassi summed it up well: "With this last chapter he closes the circle of his art and at the same t.mes opens the way for a younger generation of artists, those who followed the abstract expressionists and reacted against their dogmatic cult of originality. For the 1960s pop artists and the succeeding generations of post modernists Picasso’s variations entered the mainstream of iconic masterpieces and served as sources of creation . " (Picasso: Challenging the Past (exhibition catalogue), National Gallery, London, 2011, p. 117).


Cette œuvre appartient à une série de têtes et de bustes d’hommes réalisée par Pablo Picasso en avril 1965. La tête est simplifiée, esquissée par de larges et brusques coups de pinceaux. Les aplats colorés forment le sujet, réhaussé par quelques détails peints en noir.

La marinière du personnage, adorée par Picasso, questionne sur l’identité de l’homme. Est-ce un autoportrait ? Le visage de son père ? Picasso déclarait en effet ‘’Chaque fois que je dessine un homme, je me surprends à penser à mon père... Pour moi, un homme signifie ‘Don José’, et il en sera toujours ainsi, toute ma vie... Il portait la barbe... Tous les hommes que je dessine, je les vois plus ou moins avec ses traits…’’ ( Late Picasso: Paintings, Sculpture, Drawings, Prints 1953-72 (catalogue d’exposition), The Tate Gallery, Londres, 1988, p. 94). Une fusion des deux ? Ou même la métaphore, plus universelle, de la figure de l’artiste ?

Dans tous les cas, l’urgence de la peinture renvoie aux questionnements de l’artiste sur sa condition de mortel. Frappé à l’époque par un ulcère, ce Picasso vieillissant s’interroge et s’inquiète du passage du temps. "Le trait le plus frappant de la dernière période est sans aucun doute sa vitalité... L'accumulation et la vitesse sont les seules défenses qui lui restent dans sa lutte à mort contre le temps. Chaque œuvre qu'il créait était une partie de lui-même, une particule de vie, un point marqué contre la mort. "J'ai de moins en moins de temps", disait-il, "et j'ai de plus en plus de choses à dire". Ce qui lui permet de gagner du temps, d'aller plus vite, c'est le recours aux signes conventionnels, aux abréviations formelles, à la figure archétypale qui concentre l'essentiel de ce qu'il a à dire..." (ibid, pp. 84-85). Cette projection psychologique d'une identité complexe et multiforme renvoie d’ailleurs aux autres travaux de cette période, peuplés de mousquetaires, matadors et peintres, incarnations d’un sent.mes nt de puissance et de masculinité.

La dernière décennie de la production de Picasso a historiquement été la moins comprise par les critiques et les historiens de l’art. Car son style figuratif s’oppose à la recherche d’abstraction pure et de la redécouverte de certains mouvements - Dada notamment - en cette deuxième partie du XXe siècle. Pourtant, la fragmentation de ses visages par de larges touches de couleurs dote ces œuvres d’une expressivité saisissante et d’une modernité stupéfiante. Susan Galassi le résume ainsi : "Avec ce dernier chapitre, il ferme le cercle de son art et ouvre en même temps la voie à une jeune génération d'artistes, ceux qui ont suivi les expressionnistes abstraits et réagit contre leur culte dogmatique de l'originalité. Pour les artistes pop des années 1960 et les générations suivantes de post-modernistes, les variations de Picasso sont entrées dans le courant des chefs-d'œuvre iconiques et ont servi de source de création nouvelle" (Picasso : Challenging the Past (catalogue de l’exposition), National Gallery, Londres, 2011, p. 117).