Executed in July-August 1947, Francis Ponge Jubilation stands out as one of the masterpieces of Jean Dubuffet’s early career. The "Hautes Pâtes" series - executed between May 1945 and July 1946 - is the origin of the artist's first portraits. These resolutely modern works challenge the classical representation of the portrait in Western painting thus marking a significant departure from the canon. The artist breaks away from figurative codes in a revolutionary manner. The forms are simplified, facial features are reduced to the essential, and depth is abolished. The usual oil paint is replaced by everyday materials such as gravel, cement, earth, lime, and plaster. Through the uniqueness of both the materials used and the representation itself, this painting is infused with an undeniable sense of presence.
Dubuffet’s use of unconventional materials began in May 1945 with Archétype, the first painting in the "Hautes Pâtes" series, and Volonté de Puissance, housed at the Guggenheim Museum in New York, both of which are over a meter in size. To achieve new textures and effects, the so-called "mural" materials consist of building debris. On his base layer, composed of tar, asphalt, or even mud, often enriched with cement, plaster, or varnish, he adds sand, coal dust, pebbles, string, pieces of glass, or straw. This unique choice is accompanied by an equally innovative approach: using a trowel, the painter scratches, digs, and slashes his figures into the material. As Michel Tapié rightly notes: "Now, the work that moves us is the one charged with the most dynamic Dionysian power, a sort of living matter in perpetual magical transformation."[1]
Francis Ponge’s friendly disposition is revealed in this portrait. One of Jean Dubuffet's most loyal friends, the poet was alone with André Breton to support Dubuffet during his first exhibition in 1944 at the René Drouin gallery. Each of his portrayal by the artist are marked by a zest for life, as also evidenced in "Personnage Hilare (Portrait of Francis Ponge)" - from the same year - preserved at the Stedelijk Museum in Amsterdam. Like the painter, Francis Ponge made the everyday poetic in "Le parti pris des choses," published in 1942, by using objects which are not typically found in poetry: bread, a candle, a crate. To paint the poet, Dubuffet used lime - both luminous and powdery, it highlights the portrait against a background of elegant cement color. The layering of materials creates vitality in this portrait. The smile and the arched eyebrows are manifestations of the lively and expansive joy that Jean Dubuffet aims to express in this work. This representation reveals the essence of the model, rather than a static and realistic depiction. As Antonin Artaud put it, the model appears "Never real and always true." Jean Dubuffet's portraits thus become part of a broader truth. Much like in the representations of the human figure by Giacometti and Bacon, the face reveals itself without compromise, exposing a human model that tends towards universality. For the artist: "The portraits appear as doodles, certainly full of life; but in the end, they are also prototypes of the human race, essential prototypes, transcribed with acute mediumistic sense by a painter who believes primarily in the magic of the image, and knows that man measures himself against the yardstick of his own sign." [2] The idea of a depersonalized model type allows Jean Dubuffet to trigger [...] I do not know what.mes chanisms of imagination or provocation greatly enhancing the power of the effigy." [3]
It was at Florence Gould’s initiative, a woman of letters, that Jean Dubuffet painted the portrait of Paul Léautaud before embarking on a series of portraits titled "Les gens sont bien plus beaux qu’ils croient – Vive leur vraie figure – Portraits à ressemblance extraite, à ressemblance cuite et confite dans la mémoire, à ressemblance éclatée dans la mémoire de M. Jean Dubuffet" between August 1946 and August 1947 for the exhibition at the René Drouin gallery from October 7 to 31, 1947. Henri Michaux, Georges Limbour, Jean Fautrier, Michel Tapié, and Francis Ponge were among those portrayed. This departure from traditional figuration laid bare the depicted character: "It is when things are put in extreme peril that their goodness begins to sing. I like to put things in peril. It is when one is about to lose something that it illuminates."[4] Unlike the artist, the press of the t.mes did not look on these portraits favourably. In the French newspaper Combat, Jean-José Marchand wrote: "Dubuffet's portraits often have the serious flaw that they absolutely do not evoke the person represented," and the Alliance Nouvelle expressed a desire to "send the whole thing down the drain." Faced with this misunderstanding, a few journalists nevertheless noted the quality of the artist’s execution, composed of a "stunning technical alchemy.” [5]
Following the 1947 exhibition, Francis Ponge Jubilation was exhibited at the Jean Dubuffet retrospective at the Solomon R. Guggenheim Museum of Art in 1973, at the retrospective in 1985 at the Fondation Maeght in Saint-Paul-de-Vence, and at the Musée d'Art Moderne de Paris - Centre Pompidou in 2001. Owing to the alchemy between background and form that Francis Ponge Jubilation stands out as one of the flagship paintings in the series 'Les gens sont bien plus beaux qu’ils croient – Portraits'
[1] Michel Tapié in Max Loreau, Jean Dubuffet – Mirobolus, Macadam et Cie, Paris, 2008, p. 121
[2] Jean Dubuffet, « Notes du Peintre » in Georges Limbourg, Tableau, bon levain, à vous de cuire la pâte. L’art brut de Jean Dubuffet, Paris, 1953, p. 429 (notes du t.mes
II)
[3] Ibid, p. 429
[4] Jean Dubuffet, « Causette » in Prospectus et tous écrits suivants, Paris, 1967, t.mes
II, p. 73
[5] Olivier Merlin, Une semaine dans le monde, 25 octobre 1947
Francis Ponge Jubilation est peint en juillet-août 1947 et apparaît comme l’un des chefs-d’œuvre du début de carrière de Jean Dubuffet. La série des « Hautes Pâtes » - exécutée entre mai 1945 et juillet 1946 - est à l’origine des premiers portraits de l’artiste. Ces œuvres résolument modernes constituent une rupture dans l’art en remettant en cause la représentation classique du portrait dans la peinture occidentale. L’artiste rompt avec les codes de la figuration de manière révolutionnaire. Les formes sont simplifiées, les traits du visage sont réduits à l’essentiel et la profondeur est abolie. L’usuelle peinture à l’huile est remplacée par des matériaux de la vie courante comme le gravier, le ciment, la terre, la chaux et le plâtre. La singularité des matériaux utilisés et la représentation ont permis d’insuffler une réelle présence à ce Francis Ponge en jubilation.
Cette utilisation de matériaux non-conventionnels a débuté en mai 1945 avec Archétype, le premier tableau de la série des « Hautes Pâtes » et Volonté de Puissance, conservé au Guggenheim Museum de New York, qui ont un format supérieur à un mètre. Afin d’obtenir de nouvelles textures et de nouveaux effets, les matières dites « murales » se composent d’éléments de rebus, issus du bât.mes nt. Sur sa pâte de fond, composée de goudron, d'asphalte ou même de boue, souvent enrichie de ciment, de plâtre ou de vernis, s'ajoutent du sable, de la poussière de charbon, des cailloux, de la ficelle, des morceaux de verre ou de paille. Ce choix singulier s’accompagne d’un geste tout aussi novateur : à l’aide d’une truelle le peintre griffe, creuse, lacère ses figures dans la matière. Comme le relève just.mes nt Michel Tapié : « Maintenant l’œuvre qui nous bouleverse est celle qui est chargée de la puissance dionysiaque la plus dynamique, sorte de matière vivante en perpétuel travail magique[1] ».
La bonhomie de Francis Ponge se révèle dans ce portrait. Le poète a été l’un des amis les plus fidèles de Jean Dubuffet et le seul avec André Breton à l’avoir soutenu lors de sa première exposition en 1944 à la galerie René Drouin. Toutes les représentations du poète par l’artiste sont marquées par la joie de vivre, comme le montre également Personnage Hilare (Portrait de Francis Ponge) - de la même année – conservé au Stedelijk Museum d’Amsterdam. A l’instar du peintre, Francis Ponge rend poétique le quotidien dans Le parti pris des choses, publié en 1942, en utilisant des objets qui ne le sont pas pour ses poèmes : le pain, la bougie, le cageot. Pour peindre le poète, c’est la chaux qui est employée : à la fois lumineuse et poudreuse, c’est elle qui met en relief le portrait sur ce fond de couleur ciment d’une grande élégance. Les superpositions de matières créent le mouvement de vie dans ce portrait. Le sourire et les arcs des sourcils sont la manifestation de la joie vive et expansive que souhaite exprimer Jean Dubuffet dans cette œuvre. Cette représentation révèle le modèle dans toute son essence particulière, plutôt que dans une figuration figée et réaliste. Ce dernier n’apparaît « Jamais réel et toujours vrai » selon les mots d’Antonin Artaud. Les portraits de Jean Dubuffet font ainsi partie d’une vérité plus large. Tout comme dans les représentations de la figure humaine par Giacometti et Bacon, le visage se dévoile sans concession et dévoile un modèle humain, qui tend vers l’universalité. Pour l’artiste : « les portraits ont l’apparence de gribouillages, certes pleins de vie ; mais au bout du compte, ce sont aussi des prototypes du genre humain, des prototypes essentiels, retranscrits avec un sens médiumnique aigu par un peintre qui croit surtout à la magie de l’image, et sait que l’homme se mesure à l’aune de son propre signe [2]». L’idée de modèle type dépersonnalisé permet alors à Jean Dubuffet de déclencher […] je ne sais quels mécanismes d’imagination ou de suscitation augmentant beaucoup le pouvoir de l’effigie[3] ».
C’est à l’initiative de Florence Gould, femme de lettres, que Jean Dubuffet réalisa le portrait de Paul Léautaud avant de créer une série de portraits entre août 1946 et août 1947 intitulée : Les gens sont bien plus beaux qu’ils croient – Vive leur vraie figure – Portraits à ressemblance extraite, à ressemblance cuite et confite dans la mémoire, à ressemblance éclatée dans la mémoire de M. Jean Dubuffet pour l’exposition à la galerie René Drouin du 7 au 31 octobre 1947. Henri Michaux, Georges Limbour, Jean Fautrier, Michel Tapié et Francis Ponge font partie des personnes portraiturées. Ce détournement de la figuration traditionnelle apparaît comme une mise à nu du caractère représenté : « C’est quand on met les choses en extrême péril que leur bonté se met à chanter. Moi j’aime mettre les choses en péril. C’est quand on est sur le point de perdre la chose qu’elle s’illumine »[4]. Contrairement à l’artiste, la presse de l’époque ne perçoit pas la lumière de ces portraits et les critique vivement. Pour Jean-José Marchand dans Combat : « Les portraits de Dubuffet ont souvent ce grave défaut qu’ils n’évoquent absolument pas la personne représentée » et l’Alliance Nouvelle n’hésite pas à déclarer son envie de « renvoyer le tout à l’égout ». Face à cette incompréhension, quelques rares journalistes relèvent toutefois la qualité de l’exécution composée d’une « ébouriffante alchimie technique [5] ».
A la suite de l’exposition de 1947, Francis Ponge Jubilation a été exposé lors de la rétrospective Jean Dubuffet au Salomon R. Guggenheim Museum of Art en 1973, à la rétrospective de 1985 à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence ainsi qu’au Musée d’Art Moderne de Paris – Centre Pompidou en 2001. C’est grâce à cette alchimie entre le fond et la forme que Francis Ponge Jubilation apparaît comme l’un des tableaux phares de la série des « Plus beaux qu’ils croient – Portraits ».
RIGHT: Francis Bacon, Head 1, 1948, Metropolitan Museum of Art, New York © Artists Rights Society (ARS), New York / © ADAGP, Paris, 2024
[1] Michel Tapié in Max Loreau, Jean Dubuffet – Mirobolus, Macadam et Cie, Paris, 2008, p. 121
[2] Jean Dubuffet, « Notes du Peintre » in Georges Limbourg, Tableau, bon levain, à vous de cuire la pâte. L’art brut de Jean Dubuffet, Paris, 1953, p. 429 (notes du t.mes
II)
[3] Ibid, p. 429
[4] Jean Dubuffet, « Causette » in Prospectus et tous écrits suivants, Paris, 1967, t.mes
II, p. 73
[5] Olivier Merlin, Une semaine dans le monde, 25 octobre 1947