‘La Terre cuite est l’affaire du génie…’
‘Une ébauche est l’œuvre elle-même au premier stade de son exécution, (…) la première pensée d’une exécution. (…) Le modèle est l’étape suivante, œuvre plus achevée dans les détails, qui prépare direct.mes nt la sculpture définitive (…).
This sculpture is exceptional for the quality of its execution, its prestigious provenance and the historical context in which it was produced. Pajou made his ‘thorn-puller’ in the early days of the French Revolution, a few weeks after the storming of the Bastille. He presented the work at the Salon on 25 August 1789 – the day before the Declaration of the Rights of Man.
The group was listed in the 1789 Salon livret as no. 210 and described as ‘Un voyageur auquel un homme tire une épine du pied. Le but de l’Auteur de cette composition est de réunir dans un même morceau les expressions de la douleur et de l’attention.’ [A traveller with a man pulling a thorn from his foot. The artist’s aim in this composition is to combine in one piece expressions of pain and concentration.]
Admired for the youthful grace of the pose and its naturalistic spontaneity, this composition was certainly inspired by the antique bronze of the Spinario or Boy with a Thorn (1st century BCE; h. 73 cm) in the Musei Capitolini in Rome (inv. no. MC1186). Discovered in 1165–67, the antique piece was removed to the Palazzo dei Conservatori in 1471. In 1797, the bronze was surrendered to the French and displayed in the Museum Central des Arts in Paris when it opened in 1800. It returned to Rome in 1816.
Pajou would certainly have been familiar with the Capitoline bronze as well as an antique marble of a Faun and Satyr which had been in Cardinal Scipione Borghese’s palazzo in Rome since 1613: the image was known from engravings. The marble itself has been in the Musée du Louvre since 1808 (inv. no MA320). Its composition is very close to that of the present sculpture: a young, injured Faun is seated on a rock, his face contorted by pain, while a young satyr crouched in front of him removes the thorn from his foot (see K. Kalveram, op. cit., p. 248; fig. 1).
The secondary title engraved on the base – Réminiscence d’un groupe antique [Recollects ion of an antique group] – emphasizes Pajou’s intention to adapt the antique model for an exercise of expression. As the title indicates, the artist seeks to illustrate emotions of pain and concentration. The subject of our terracotta, executed with perceptive attention to detail, in a historical context that would shape the history of France, suggests that the work was produced for a specific patron and would certainly have been commissioned by a distinguished collects or. Pajou’s friendship with Marie-Angélique Diderot, daughter of the famous philosopher, who in 1772 married Abel François Nicolas Caroillon, Baron de Vandeul (1746–1813), as well as the provenance of our terracotta which remained through generations in the same family, equally suggest that the work had been given to her by the artist.
The present terracotta has never appeared on the art market. It is remarkable for the originality of its subject as well as the lively modelling of the clay, clear evidence of the artist’s genius.
_______________________________________________________________________
Les sculptures de petit format suscitent un engouement particulier en France dès les années 1730, encourageant les amateurs à exposer des terres cuites dans leurs salons. Les collects ionneurs les plus célèbres sont souvent.mes mbres honoraires de l’Académie ayant facilement accès aux esquisses, tels Mariette, La Live de Jully, le comte Caylus ou Jean de Julienne.
Sa qualité d’exécution, sa provenance prestigieuse ainsi que son contexte historique font de cette sculpture une œuvre exceptionnelle.
Pajou réalise son Tireur d’Epine au début de la Révolution française, quelques semaines après la prise de la Bastille. Il présente l’œuvre au Salon la veille de la Déclaration des Droits de l’Homme, le 25 août 1789.
Le groupe fut décrit dans le Livret du Salon de 1789, sous le n° 210 comme ‘Un voyageur auquel un homme tire une épine du pied. Le but de l’Auteur de cette composition est de réunir dans un même morceau les expressions de la douleur et de l’attention.’
Admirée pour la grâce juvénile de sa pose, spontanée et naturaliste, cette composition s’inspire du bronze antique du Spinario ou Tireur d’Epine (Ier siècle av. JC; h.73 cm), conservé au musée du Capitole à Rome (inv. n° MC1186). Découvert en 1165-67, l’antique est envoyé en 1471 au palais des Conservateurs
Outre le bronze du Capitole, Pajou a certainement eu connaissance d’un marbre antique de Faune et Satyre visible depuis 1613 dans le palais du Cardinal Scipione Borghèse à Rome, dont l’image fut diffusée par des gravures. Conservé au musée du Louvre après 1808 (inv. no MA320 ; fig. 1), la composition du marbre est extrêmement proche de notre sculpture : le jeune Faune peiné est assis sur un rocher. Le visage tiré par la douleur, il se fait retirer une épine du pied par un jeune satyre accroupi devant lui (cf. K. Kalveram, op. cit. p. 248 ; fig. 1).
Le sous-titre de l’œuvre incisé sur le socle Réminiscence d’un groupe antique précise que Pajou reprend ce modèle antique pour l’adapter à un exercice d’expression. Comme l’indique son titre, l’artiste cherche à illustrer des émotions, la Douleur et l’Attention. Le sujet de notre terre cuite, élaborée avec soin et perspicacité, dans un contexte historique déterminant l’histoire de la France, suggère que l’œuvre ait été réalisée pour un destinataire spécifique, certainement à la commande d’un collects
ionneur prestigieux.
L’amitié profonde qui lie Marie-Angélique Diderot, fille du célèbre philosophe, à Pajou, ainsi que la présence de notre terre cuite dans la descendance de sa famille depuis sa création, permettent de supposer que l’œuvre lui a été offerte par l’artiste.
Jamais apparue sur le marché depuis sa création, notre sculpture se distingue par l’originalité de son sujet ainsi que la vivacité du modelé de la terre, témoignant du génie de son auteur.
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
F. Hemsterhuis, Lettre sur la sculpture, 1765, éd. Paris 1991, p. 38.
K. Kalveram, Die Antikensammlung des Kardinals Scipione Borghèse, Worms, 1995, p. 248, no 158.
F. Haskell, N. Penny, Pour l’Amour de l’Antique. La statuaire gréco-romaine et le goût européen 1500-1900, Londres, (réed. fr) 1988, pp. 342-344.