Half-figurative, half-abstract, this composition is part of Francis Picabia's production of the late 1930s- and early 1940s. The artist was looking for new pictorial directions and constantly experimenting. He painted figurative landscapes of the Mediterranean coast, new Transparencies, and genre scenes with an expressionist bent. At this t.mes without ever completely giving in to abstraction, Picabia also began a new series of paintings "among the most devoid of representation that he had ever produced, and of a completely different order. Paintings in which memory would no longer play any role (…)" (Jean Van Heeckeren, Picabia l'imprévisible, pp.29-30). The painter followed his intuition. These works, which were rarely exhibited and not very documented, have now mostly disappeared, often they were repainted by the artist out of dissatisfaction or simply because he needed another canvas or panel. The present work was probably executed shortly after this series, and shares some of its characteristics. They are all painted on thick cardboard, using a thin layer of paint, a matte preparation mixed with oil or gouache, applied in flat layers. The motifs are superimposed on each other and form schematic, almost abstract shapes. Straight lines mingle with curves, red and warm colors with cold blues. The volumes then sketch the shape of a profile, with half-open lips and a piercing almond-shaped eye. In the background, the flat tints widen to form a mysterious and bewitching vortex.
“Everyone sees something different and may even see something else each day according to his state of mind. [...] Each painting is for me a drama, passing through each stage of my previous creations, superimposed shapes and transparencies, to continue to aim to reach that elusive but ecstatic moment where I know that I have grasped the unattainable, the real"
This free, almost anarchic vision of art, whose only rule is not to follow any rule, allowed Picabia to continually renew his oeuvre and abolish the borders between abstraction and figuration, avant-garde and conservatism. From this confrontation, the painter grasped that: "I must know what painting thinks, what painting feels, which means feeling "colors", loving ‘lines’, living ‘shapes’ [...] and all this is the result of a long history. It is the result of a perpetual personal quest related to the work of an artisan which is also that of an artist which leads me to the point where, from a new ‘technique’, a new ‘style’ emerges" (William Camfield, Francis Picabia: his art, life and t.mes s, Princeton, 1979, p. 263).
Mi-figurative, mi-abstraite, cette œuvre de Francis Picabia s’inscrit dans sa production de la fin des années 1930 - début des années 1940. L’artiste recherche alors des nouvelles voies picturales et expérimente. Il peint des paysages figuratifs de la côte méditerranéenne, de nouvelles Transparences, des scènes de genre à mouvance expressionniste. Sans jamais totalement céder à l’abstraction, Picabia ent.mes une nouvelle série de tableaux “parmi les plus dénués de représentation qu’il ait jamais produits, et d’un tout autre ordre. Des tableaux où la mémoire ne jouerait plus aucun rôle (…)” (Jean Van Heeckeren, Picabia l’imprévisible, pp.29-30). Désormais, le peintre suit son intuition.
Ces travaux, très peu exposés ou documentés, ont aujourd’hui pour la plupart disparus, souvent repeints par l’artiste, par insatisfaction ou manque de support. La présente œuvre a sans doute été exécutée à la suite de cet ensemble dont elle partage les caractéristiques. Toutes sont ainsi peintes sur un carton épais, à l’aide d’une fine couche de peinture, préparation mate mélangée à de l’huile ou de la gouache, apposée par aplats. Les motifs se superposent les uns aux autres et modèlent des formes schématiques, quasi-abstraites. Les lignes droites se mêlent aux courbes, les teintes rouges et chaudes aux bleus froids. Ces rencontres façonnent la forme d’un visage de profil, les lèvres entrouvertes et l’œil perçant en amande. En arrière-plan, les aplats s’élargissent pour former un vortex mystérieux et envoutant.
"Chacun y voit quelque chose de différent et même quelque chose d'autre le jour suivant, suivant son état d'esprit [...] chaque tableau est pour moi un drame, passant par tous les stades de ma production antérieure, formes superposés et transparences, pour continuer à vouloir atteindre cet instant fugitif mais extatique où je sais que j’ai saisi cet insaisissable, le réel"
Cette vision libre presque anarchique de l’art, dont la seule règle est de n’en suivre aucune, permet à Picabia de continuellement renouveler sa peinture et d’abolir la frontière entre abstraction et figuration, avant-garde et conservatisme. De cet affront.mes
nt, le peintre retient cette leçon : "Je dois savoir ce que la peinture pense, ce que la peinture ressent, ce qui signifie ressentir les 'couleurs', aimer les 'lignes', vivre les 'formes', ...et tout cela est le résultat d'un long passé. C'est le résultat d'une quête perpétuelle personnelle en lien toujours avec le travail d'artisan qui est aussi celui de l'artiste et qui me conduit au point où, d'une nouvelle 'manière', un nouveau 'style' surgit" (William Camfield, Francis Picabia: his art, life and t.mes
s, Princeton, 1979, p. 263).